Dix morts par balles en six mois à Grenoble et Échirolles. Un bilan inédit et particulièrement alarmant dressé ce mercredi par le procureur de la République de Grenoble, Étienne Manteaux, lors d’une conférence de presse consacrée à la montée des violences liées au narcotrafic dans l’agglomération.
La première victime de cette série sanglante a été tuée dans la nuit du 2 au 3 décembre 2025, à Échirolles. Cet homme de 33 ans, connu de la justice et portant un gilet pare-balles au moment des faits, avait été abattu vers 2 heures du matin dans une rue calme proche du centre-ville. La dernière victime recensée est également un homme de 33 ans au passé judiciaire chargé. Il a été mortellement touché par plusieurs tirs dans le dos mardi 26 mai, en début de soirée, devant le siège du club de football du quartier Mistral à Grenoble.
Un adolescent de 16 ans parmi les victimes
Entre ces deux homicides, huit autres hommes ont perdu la vie dans cette guerre de territoire pour le contrôle de lucratifs points de deal. Parmi eux, un adolescent de 16 ans, exécuté de plusieurs balles alors qu’il se trouvait dans une voiture à Échirolles. Selon les premiers éléments de l’enquête, le jeune homme serait venu dans la région grenobloise pour commettre lui-même un contrat criminel. Les tueurs ont filmé son exécution pour la diffuser sur les réseaux sociaux." On assiste à une nouvelle forme de revendication avec des auteurs qui se filment pour impressionner l’adversaire" constate le procureur.
Les individus ne tirent plus pour impressionner mais pour tuer
Face à cette multiplication des règlements de comptes, Étienne Manteaux évoque une évolution préoccupante des méthodes employées par les réseaux criminels. "On a franchi un palier depuis six mois. Les individus ne tirent plus pour impressionner mais pour tuer ", affirme le procureur de la République. Il souligne également que plusieurs victimes récentes ont échappé de peu à la mort : "Les blessés d’hier dans le quartier Mistral ont eu beaucoup de chance par exemple car les blessures auraient pu être mortelles. "
Une violence totalement désinhibée
Le magistrat décrit "un défi redoutable" posé par des narcotrafiquants ayant recours à "une violence totalement désinhibée". Le procureur pointe également la transformation du fonctionnement des organisations criminelles. Selon lui, les commanditaires sont désormais parfois installés hors du territoire national et recrutent leurs exécutants via les réseaux sociaux. "Cette évolution des modes de délinquance complexifie considérablement tant l’élucidation que le démantèlement de ces organisations criminelles", explique Étienne Manteaux, notamment lorsque ces groupes disposent de peu d’ancrage local.
Des groupes locaux de traitement de la délinquance relancés
Malgré ce contexte, le procureur a réaffirmé "la totale détermination des forces de l’ordre et des enquêteurs pour élucider ces faits ". Pour tenter d’enrayer cette spirale de violence, le parquet souhaite renforcer la coordination entre les différents acteurs publics. Étienne Manteaux a ainsi proposé à la maire de Grenoble, Laurence Ruffin, de réactiver plusieurs Groupes Locaux de Traitement de la Délinquance (GLTD). Objectif affiché : mobiliser conjointement les services de l’État, la justice et les collectivités locales afin de répondre plus efficacement aux défis posés par le narcotrafic dans l’agglomération grenobloise. Une première réunion de travail est prévue ce vendredi à 14 heures à l’hôtel de ville de Grenoble.