Le concert interrompu de Barbara Butch samedi soir est désormais aux mains de la justice. Le parquet de Grenoble a annoncé ce mardi l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « délit d’entrave concertée aux libertés », après l’interruption de la prestation de la DJ française.

Figure des nuits parisiennes et de la scène LGBTQ+, Barbara Butch, devait se produire samedi vers 22 heures dans le cadre du Cabaret Frappé, festival organisé par la Ville de Grenoble depuis 25 ans. L’artiste, connue notamment pour sa participation à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024, n’a finalement joué qu’une vingtaine de minutes.

Son concert a été interrompu par les organisateurs « afin de garantir la sécurité du public, des équipes et de l’ensemble des personnes présentes » après les perturbations de militants propalestiniens et de membres de La France insoumise. Ses opposants lui reprochaient d’avoir signé une tribune, en mars dernier, soutenant la proposition de loi portée par la députée Caroline Yadan visant à lutter contre « les nouvelles formes d’antisémitisme ». Ce texte, qui avait suscité de nombreuses réactions, a depuis été retiré.

« Ces méthodes sont celles de lʼextrême droite« 

La polémique a été relayée dans les médias nationaux et commentée par de nombreux responsables politiques jusqu’au ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez. Même au sein de la gauche, les critiques ont été virulentes. La maire de Grenoble, Laurence Ruffin, a dénoncé des faits d’une « extrême gravité ». Son frère, le député François Ruffin, candidat à l’élection présidentielle et ancien cadre de La France Insoumise, a estimé que  » ces méthodes sont celles de lʼextrême droite « . Quant à Manuel Bompard, le chef de file de LFI a condamné les insultes et la violence « s’il y en a eues ». Enfin 300 artistes et personnalités ont signé une tribune en soutien à l’artiste.

Face à ces incidents, notamment des jets de bouteilles en verre sur la scène, la municipalité grenobloise a annoncé un dépôt de plainte contre X afin d’identifier les auteurs des violences. L’adjoint à la culture, Alexis Monge, a également décidé d’engager une procédure après avoir été visé par des projectiles. On ne sait pas encore, par contre, si l’artiste Barbara Butch va, elle aussi, porter plainte. « Jeter une bouteille en verre sur quelqu’un n’est pas une opinion. Une démocratie se juge à la protection de ceux qu’une foule voudrait faire taire » a-t-elle déclaré.

Un délit passible d’un an de prison

L’enquête a été confiée à police judiciaire de Grenoble qui ne devrait pas avoir trop de mal à établir les faits puisqu’ils ont été documentés et revendiqués par leurs auteurs. Présent samedi soir au premier rang, Allan Brunon, le conseiller municipal insoumis de Grenoble, avait déclaré, quelques jours avant l’évènement, qu’il irait jusqu’à s’opposer physiquement à la tenue du concert. Le délit « d’entrave concertée aux libertés », prévu par le Code pénal, est passible de 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende (art. 431-1 du code pénal).

Reste maintenant à savoir jusqu’où s’étend la responsabilité politique d’un élu qui appelle publiquement à empêcher la tenue d’un événement lorsque celui-ci se termine par des violences ? Les opposants d’Allan Brunon estiment que les appels répétés à empêcher le concert ont créé un climat ayant favorisé les débordements. À l’inverse, ses soutiens considèrent que la responsabilité des violences incombe uniquement à leurs auteurs et non aux organisateurs de la mobilisation qui se voulait pacifique selon eux.

Un débat qui s’annonce explosif à la rentrée

La justice va donc devoir trancher entre ces deux approches. En cas d’implication, Allan Brunon, qui a dans le viseur les Législatives du printemps prochain, pourrait y laisser quelques plumes. En attendant, l’élu grenoblois n’a pas l’intention de faire profil bas. Il prévoit une rentrée politique sur le même registre en portant, au conseil municipal du 29 septembre, une proposition visant à rompre le jumelage entre Grenoble et la ville israélienne de Rehovot. Le débat s’annonçait déjà tendu avant l’action menée au Cabaret Frappé, il pourrait devenir explosif.