Après une première tentative avortée la semaine dernière, le conseil métropolitain de Grenoble Alpes Métropole a finalement élu ce jeudi le socialiste Guillaume Lissy à sa présidence. Une issue marquée par des revirements d’alliances, des tensions à gauche et l’entrée de la droite et du centre dans une majorité XXL inédite sur notre territoire.

Depuis l’échec du premier vote jeudi dernier, la situation politique métropolitaine était restée très incertaine. Les choses se sont clarifiées d’entrée ce jeudi matin avec le désistement de celui qui était arrivé en tête, Raphaël Guerrero, maire de Jarrie, au profit de son challenger, Guillaume Lissy, maire de Seyssinet-Pariset. Un résultat obtenu après trois nouvelles journées de discussions.

raphaël guerrero
Raphaël Guerrero s’est désisté au profit de Gullaume Lissy

La France Insoumise finalement laissée de côté

Alors que l’option d’un nouvel accord technique avec La France Insoumise avait finalement été privilégiée par le candidat de la gauche lors du premier scrutin, c’est l’option territoriale d’une gouvernance partagée regroupant toutes les composantes politiques qui s’est finalement imposée. « Il fallait revenir à la réalité. C’était le seul choix possible pour que ça marche » analysait Guillaume Lissy ce jeudi.

Un choix finalement partagé par les élus grenoblois au grand dam de l’insoumis Allan Brunon : « C’est une honte. La majorité de Laurence Ruffin est en voie d’explosion. Comment ses élus de gauche pourraient accepter une compromission avec la droite ? Il y a beaucoup de personnes en son sein qui ont dû supporter des pressions en tout genre et qui nous ont fait part de leur déception. Comment pourraient-ils ne pas être déçus alors qu’ils ont réussi à la ville une fusion avec nous pour battre la droite qu’ils dénonçaient comme l’ennemi principal. Je comprends leur déception et je les invite à nous rejoindre. »

Allan Brunon doit pointé
Comme à son habitude, l’insoumis Allan Brunon a porté des attaques frontales

La majorité municipale de Laurence Ruffin abimée ?

La situation risque d’être effectivement délicate à justifier pour Laurence Ruffin. La maire de Grenoble a passé un accord technique en mars dernier avec La France Insoumise pour battre la droite grenobloise emmenée par Alain Carignon et un mois plus tard, à la Métropole, le candidat qu’elle soutient est élu avec les voix de cette droite grenobloise en reniant un nouvel accord technique avec LFI pourtant validé la semaine précédente. Sans le malaise de Guillaume Lissy, La France Insoumise aurait réussi une deuxième fois le coup de Grenoble. De quoi nourrir encore plus leur rancoeur.

Guillaume Lissy, animateur d’une majorité plurielle

Avec plus de 80% des voix (87 sur 110), Guillaume Lissy veut maintenant se tourner vers l’avenir en se positionnant comme « l’animateur d’une majorité plurielle », tout en revendiquant une orientation clairement à gauche. Il promet une gouvernance « apaisée ». Des sujets comme la gratuité des transports en commun ou la réquisition des logements vacants devraient vite la mettre à l’épreuve.

75% d’hommes dans l’exécutif

Dans la foulée, les 20 vice-présidents ont été désignés et validés par un vote. On y retrouve 5 femmes pour 15 hommes (contre 7-13 dans la précédente majorité). « Un signal archaïque » a jugé l’élu grenoblois Alan Confesson et très étonnant quand on sait que pour la première fois plus de la moité des habitants métropolitains ont une femme comme maire. « C’est un chemin sur lequel on doit fortement travailler. On a eu cette attention à Grenoble à proposer deux hommes et deux femmes mais tout le monde ne l’a pas fait » a expliqué Laurence Ruffin. « C’est une régression » poursuit Guillaume Lissy. « Je fais partie de ceux qui militent pour avoir un mode de scrutin au suffrage universel direct ce qui pourrait éviter de rencontrer les difficultés que l’on a eu la semaine pour dégager une majorité et d’avoir également une vraie représentativité des femmes avec un scrutin de liste. »

Lissy Ruffin métro
Le duo Laurence Ruffin – Guillaume Lissy désormais à la tête de la Métropole de Grenoble

Seulement 4 vice-présidences pour Grenoble

Côté politique, on retrouve dans cet exécutif 5 écologistes (ou apparenté pour Laurence Ruffin), 4 communistes, 2 socialistes, 2 centristes, 2 élus de droite, et 6 membres des petites communes sans étiquette politique. Une diversité qui se retrouve aussi au niveau territorial avec finalement peu d’élus de la ville-centre (4) ce qui a permis de laisser de la place à d’autres maires comme ceux de Quaix-en-Chartreuse, Séchilienne, Bresson ou encore Mont-Saint-Martin, quatre communes qui ne totalisent que 2700 habitants mais qui pèseront au sein de l’exécutif.

« Ce n’est pas une majorité parfaite » convient Guillaume Lissy mais « on est dans un pays dans lequel la gauche a du mal à se rassembler. Là, on a réussi à porter une voix commune. On est dans une Métropole qui rencontre depuis des années des tensions entre les élus et finalement, en quelques semaines, malgré les vicissitudes, on avance tous ensemble. »

Un comportement odieux…

Le nouveau président a bien conscience que « le premier chantier de ce mandat sera de rétablir la confiance ». Avec les acteurs du territoire mais aussi au sein de sa nouvelle équipe. La déclaration du grenoblois Alan Confesson, en plein conseil, indiquant qu’il ne voterait pas pour Sylvain Laval (élu 4ème vice-président) « pour des raisons de désaccord politique mais aussi pour des questions de rapports humains » estimant qu’il était « odieux avec ses collègues, les agents et les habitants » laisse augurer du boulot qu’il reste à faire.

Cette élection vient clore en tout cas une longue séquence électorale débutée il y a plus de six mois. Avant d’aborder le prochain scrutin local prévu en 2027 avec les législatives, les élus ont une année plus calme devant eux pour remettre la Métropole sur de bons rails.

👉 Le compte rendu minute par minute de cette deuxième journée d’élection

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