Pas facile de résumer en quelques lignes cette élection du président de la Métropole qui aura duré plus de 13 heures, qui s’est déroulée essentiellement en coulisses avec des discussions dans tous les sens pour finir par un coup de théâtre avec le malaise de Guillaume Lissy au moment même où il allait remporter le scrutin. Même les scénaristes de baron noir n’auraient pas osé écrire un tel dénouement.
Pourtant ce n’est pas une fiction à laquelle on a assisté cette nuit dans l’hémicycle de la Métropole. On savait que le vote serait indécis et qu’il y aurait des discussions tendues entre les groupes politiques pour essayer de dégager une majorité stable mais on ne s’attendait pas à une telle confusion.
15 suspensions de séance !
Sur 13 heures de séances, les élus n’ont siégé qu’une grosse heure dans l’hémicycle. Le reste du temps a servi à négocier pour une petite minorité et à patienter pour les autres. On a même eu le droit à une ola improvisée pour passer le temps (vidéo). Peut-être le seul moment de la soirée où tous les groupes ont joué de concert. Sinon chacun avait écrit sa partition et personne n’a voulu composer avec celle du voisin.
4 candidats et deux invités « surprise »
Comme prévu, quatre élus se sont portés candidats : Guillaume Lissy, maire de Seyssinet-Pariset soutenu par les partis de gauche hors LFI et la maire de Grenoble Laurence Ruffin ; Raphaël Guerrero, maire de Jarrie, représentant le groupe des petites communes de l’agglomération, soutenu par la droite et le centre ; le conseiller municipal grenoblois Allan Brunon, pour La France Insoumise et le conseiller municipal d’Echirolles, Enzo Billon, pour le Rassemblement National.
Raphaël Guerrero en tête
Le premier tour a permis de compter les forces en présence. Raphaël Guerrero est arrivé en tête avec 50 voix, Guillaume Lissy en deuxième position avec 47, Allan Brunon 9 voix (au lieu des 8 attendues) et Enzo Billon 2 voix. Deux élus qui n’étaient pas candidat ont obtenu chacun un suffrage (le leur ?) : le président sortant Christophe Ferrari et le maire de Poisat Ludovic Bustos. Une façon, peut-être, de se démarquer du groupe des petites communes auquel ils appartiennent pour signifier qu’ils étaient prêts à soutenir un autre candidat en fonction de la tournure des débats.
Des discussions qui n’aboutissent pas
Six heures de discussion stériles plus tard, le deuxième tour a apporté peu de changement. Raphaël Guerrero a simplement récupéré la voix qui s’était égarée sur le candidat de La France Insoumise, les autres ont réalisé le même score. Les élus sont donc repartis pour une série de discussions avant un troisième et dernier tour décisif à la majorité relative.
La France Insoumise faiseur de roi
Le rapprochement qui semblait le plus évident entre la gauche et les petites communes a échoué malgré la proposition de Raphaël Guerrero de laisser la présidence à Guillaume Lissy en échange de 12 vice-présidences pour son groupe sur les 20 attribués au total. Pour l’emporter le candidat socialiste n’avait donc plus qu’une alternative : négocier le retrait de LFI. Une situation douloureuse pour le maire de Seyssinet-Pariset qui avait répété les jours précédents qu’il ne passerait pas d’accord avec les insoumis.
Guillaume Lissy fait un malaise
A la reprise du troisième acte alors qu’Allan Brunon avait annoncé son retrait et ouvrait donc la voie à la victoire de Guillaume Lissy, Franck Longo, maire centriste de Fontaine, prenait la parole pour dénoncer avec virulence l’accord qui venait d’être passé laissant de côté, selon lui, 40 maires de l’agglomération. Il n’a pas pu aller au bout de son propos contre Guillaume Lissy car celui-ci a été victime d’un malaise vagal.
L’élection est reportée
Moment de stupeur au sein de l’hémicycle. « Y-a-t-il un médecin dans la salle ? » a demandé l’élue grenobloise Emilie Chalas avant d’appeler les secours. Plus de peur que de mal finalement puisqu’au bout de quelques minutes Guillaume Lissy a pu reprendre ses esprits et rassurer tout le monde sur son état de santé. La séquence a néanmoins incité la présidente à ne pas poursuivre les débats. La séance a donc été annulée. Un prochain conseil sera organisé jeudi 30 avril avec toute la procédure à refaire depuis le début.
Une semaine bonus qui peut tout changer
Ce coup de théâtre pourrait bien rebattre les cartes alors que l’élection de Guillaume Lissy était acquise. Sera-t-il à nouveau candidat maintenant qu’il sait que l’histoire se termine par cet accord qu’il ne voulait pas ? Quel impact ce report peut-il avoir sur les positionnement des autres protagonistes ? Est-ce qu’un autre élu peut profiter de cette situation inédite pour s’inviter dans l’équation ?
Christophe Ferrari de retour dans la course ?
Discret en début de séance, Christophe Ferrari, le président sortant, a été très actif dans les dernières heures de négociations, invitant les uns et les autres, en aparté, dans son bureau. Peut-il réussir un come-back impensable alors qu’il avait lui-même scellé son sort ? De nouvelles discussions vont forcément avoir lieu au cours de cette semaine bonus. Une semaine en politique, c’est largement suffisant pour retourner une situation inextricable.
👉 Le compte-rendu intégral de ce conseil métropolitain
🎥 Les élus font la « ola » pour patienter et détendre l’atmosphère