Deux mois après son concert interrompu à Grenoble sous la pression de manifestants propalestiniens, Barbara Butch fait face à un nouvel appel au boycott. À Amiens, une soirée où devait se produire la DJ vient d’être annulée.

Ce qui s’était produit à Grenoble en juillet n’est finalement pas resté un épisode isolé. Deux mois après le concert mouvementé de Barbara Butch au Cabaret Frappé, la DJ française est de nouveau au cœur d’une polémique. Cette fois à Amiens, où une soirée électro programmée le 19 septembre à laquelle elle devait participer a été annulée.

Les organisateurs ont justifié leur décision par des impératifs de sécurité. Après avoir étudié le contexte entourant la soirée et les conditions d’accès à la salle, ils ont estimé ne plus pouvoir garantir suffisamment la sécurité et l’accueil du public. L’événement devait réunir trois artistes, dont Barbara Butch.

Grenoble, premier épisode d’une contestation qui se répète

Cette annulation fait directement écho aux événements survenus le 18 juillet à Grenoble. Programmée au Cabaret Frappé, Barbara Butch avait alors fait l’objet d’un appel au boycott, notamment soutenu par l’antenne grenobloise de La France insoumise. Plus d’une centaine de militants propalestiniens s’étaient rassemblés devant la scène pour protester contre sa présence.

public propalestinien cabaret frappé

La prestation avait finalement été interrompue après une vingtaine de minutes. Selon la Ville de Grenoble et l’artiste, des projectiles, notamment des bouteilles, avaient été lancés en direction de la scène. La municipalité avait décidé de mettre fin au concert pour assurer la sécurité de l’artiste, du public et des équipes, avant d’annoncer le dépôt d’une plainte.

À l’origine de la contestation : les prises de position prêtées à Barbara Butch sur le conflit israélo-palestinien. Ses opposants lui reprochent notamment d’avoir participé en 2025 à un événement organisé à la résidence de l’ambassadeur de France en Israël et d’avoir signé une tribune soutenant la proposition de loi portée par la députée Caroline Yadan contre les « nouvelles formes d’antisémitisme ». Barbara Butch avait par la suite exprimé ses regrets concernant la signature de cette pétition.

À Amiens, un nouvel appel au boycott

Deux mois plus tard, le scénario présente donc des similitudes. À Amiens, l’Association France Palestine Solidarité, soutenue par LFI, avait à son tour appelé au boycott de la soirée. Après l’annonce de son annulation, l’association s’en est félicitée sur les réseaux sociaux, estimant que son appel avait porté ses fruits.

Une décision qui a suscité de nombreuses réactions politiques. Le président des Hauts-de-France Xavier Bertrand a notamment dénoncé une annulation « inacceptable », tandis qu’Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de la lutte contre les discriminations, a parlé d’une « capitulation » face aux appels au boycott.

Le précédent grenoblois désormais scruté

L’affaire grenobloise avait déjà dépassé les frontières de l’Isère cet été, provoquant une polémique nationale sur la liberté de création, l’antisémitisme et les formes prises par la mobilisation propalestinienne. La maire de Grenoble, Laurence Ruffin, avait dénoncé une atteinte à la liberté d’expression et de programmation ainsi qu’une stratégie d’intimidation.

L’épisode avait également conduit le gouvernement à réagir : fin juillet, la ministre de la Culture avait annoncé l’envoi de deux circulaires destinées à renforcer l’application des sanctions concernant le délit d’entrave à la liberté d’expression artistique. Nathalie Béranger, conseillère régionale et présidente d’Alpexpo avait envoyé une invitation à l’artiste pour qu’elle revienne se produire au Summum. L’invitation est pour l’instant restée sans réponse.

Avec l’annulation annoncée à Amiens, le cas grenoblois apparaît désormais comme le premier épisode particulièrement médiatisé d’une contestation qui se déplace d’une programmation à l’autre. Et pose une nouvelle fois la question : jusqu’où un appel au boycott peut-il peser sur la programmation et la tenue d’un événement culturel ?