Lors d’un point presse ce vendredi 24 juillet, Laurence Ruffin a annoncé le dépôt d’une nouvelle plainte après l’interruption du concert de Barbara Butch au Cabaret Frappé par des militants insoumis et propalestiniens. Le conseiller municipal Allan Brunon est dans le viseur de la municipalité.

Certains diront que c’est le battage médiatique qui l’a poussée à muscler son jeu. La Ville de Grenoble a, en tout cas, pris le temps de recueillir les témoignages et de regarder les vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux pour bien estimer la gravité des faits. « Et ils sont beaucoup plus graves que nous le pensions » avoue Laurence Ruffin en ouverture de la conférence de presse. « Une ligne rouge a été franchie, c’est inacceptable. »

Après une première plainte en début de semaine, la maire de Grenoble va en déposer une nouvelle pour spécifier les faits : violence en réunion, agressions sur des agents de la ville et mise en danger d’autrui. « Des câbles électriques ont été sectionnés ce qui aurait pu engendrer des électrocutions ou un incendie » explique l’avocat Arié Alimi, membre de la Ligue des droits de l’Homme.

« Il apparaît à l’évidence que des projectiles ont été lancés sur l’artiste et sur un élu » poursuit le juriste. « Le simple fait de crier sur des personnes peut être consécutif d’une violence au sens du code pénal. Il y a en plus une circonstance aggravante avec l’utilisation de geste injurieux – des doigts d’honneur – à caractère sexiste envers une femme grosse, lesbienne et juive qui a déjà été la cible de l’extrême droite. »

conférence de presse ruffin avocat ariel alimi / affaire barbara butch
L’avocat Arié Alimi est intervenu en visioconférence

LFI conserve ses prérogatives à la mairie

Même si l’organisateur de cette manifestation est clairement identifié puisqu’il a revendiqué l’action, Allan Brunon n’est pas directement visé par cette plainte contre X. « Son nom est néanmoins évoqué » précise l’avocat. Mais pour autant, la maire de Grenoble, n’a pas annoncé de sanction politique contre le conseiller municipal insoumis. Celui-ci siège dans l’opposition mais il a été élu sur la liste de Laurence Ruffin après une fusion technique qui n’en finit pas d’avoir des répercussions négatives pour la majorité écologiste.

Les élus de la majorité ont confié à Allan Brunon, un poste stratégique, la présidence de la commission des finances. Laurence Ruffin, prudente, ne compte pas l’en dessaisir. « Cela fait partie des usages républicains de flécher ce poste vers un représentant de l’opposition » rappelle-t-elle. Mais ce n’est pas une obligation. Lors du précédent mandat, c’est un membre de la majorité d’Eric Piolle qui en était le président.

Allan Brunon porte plainte à son tour

Laurence Ruffin espère peut-être que la justice fera le travail à sa place. En attendant, Allan Brunon a allumé un contre-feu en annonçant, par la voix de son avocat, saisir, lui aussi, l’autorité judiciaire estimant « être la cible d’une virulente campagne de cyberharcèlement, accompagnée de nombreuses injures, notamment à caractère raciste. » Il évoque également des menaces à des membres de sa famille sur leurs numéros personnels.

L’élu insoumis avait annoncé qu’il ferait tout pour empêcher la tenue du concert de Barbara Butch. Il a réussi son coup mais il est peut-être allé trop loin. Car s’il est sanctionné dans ce dossier, il risque une peine de prison et d’inéligibilité qui pourrait stopper son ascension politique. Pourra-t-il compter sur le soutien inconditionnel du « grand manitou » de La France Insoumise ? Les réseaux sociaux de Jean-Luc Mélenchon sont, pour l’instant, restés étonnamment muets sur cette affaire…

Barbara Butch sur la scène du Cabaret Frappé quelques instants avant l’interruption de son concert