Soupçonné de viols et d’agressions sexuelles sur des dizaines de mineurs, Jacques Leveugle est mort en détention samedi 19 septembre. Son décès éteint l’action publique : il n’y aura donc jamais de procès.
Jacques Leveugle ne comparaîtra jamais devant ses accusateurs. Âgé de 79 ans, il est décédé samedi alors qu’il était détenu à la maison d’arrêt de Corbas. Selon le parquet de Grenoble, il souffrait d’une maladie incurable et avait été admis deux jours auparavant dans l’unité médicalisée de la prison.
Sa mort met brutalement un terme à l’une des affaires de violences sexuelles sur mineurs les plus importantes traitées ces dernières années par la justice grenobloise. En droit français, le décès de la personne mise en cause éteint l’action publique. Jacques Leveugle ne pourra donc jamais être jugé pour les faits qui lui étaient reprochés.
Un journal intime à l’origine de l’affaire
L’enquête avait débuté en 2023 après la découverte par son neveu de quinze tomes de « mémoires », représentant près de 3 000 pages. Jacques Leveugle qui était domicilié à Vizille y racontait notamment de nombreuses relations sexuelles avec des adolescents.
L’exploitation de ces documents avait permis aux enquêteurs de recenser 89 mineurs susceptibles d’avoir été victimes de viols ou d’agressions sexuelles au cours de plusieurs décennies et dans différents pays. L’homme présenté comme cultivé mais instable était également suspecté de deux assassinats : sa tante et sa mère.
Suspecté de deux assassinats
Mis en examen, Jacques Leveugle avait été placé en détention provisoire en février 2024. Un appel à témoins avait ensuite été lancé par le parquet de Grenoble et la gendarmerie afin de retrouver les personnes évoquées dans ses écrits.
En juillet dernier, 79 victimes potentielles avaient été identifiées, 55 entendues et 24 avaient déposé plainte. Une grande partie des faits était toutefois prescrite. Deux dossiers concernant des hommes aujourd’hui âgés de 43 et 45 ans étaient considérés comme susceptibles de donner lieu à des poursuites.
Un procès qui n’aura jamais lieu
La justice envisageait encore ces derniers mois un possible procès devant la cour criminelle départementale de l’Isère en 2027. La mort de Jacques Leveugle ferme définitivement cette perspective.
Pour les plaignants, il n’y aura donc ni audience, ni interrogatoire de l’accusé, ni verdict permettant d’établir sa culpabilité ou son innocence. Cette affaire hors norme se termine dans une impasse judiciaire. Frustrant pour le minutieux travail d’enquête mené pendant trois ans par la section de recherche de la gendarmerie de l’Isère.