Mis en examen depuis 2024 pour des viols sur mineurs commis pendant plus de cinquante ans, Jacques Leveugle, 79 ans et domicilié à Vizille, fait l’objet d’une enquête hors norme. Cinq mois après un appel à témoins international, le procureur de Grenoble a dressé ce vendredi un nouveau bilan : cinq victimes supplémentaires identifiées.

L’affaire avait été révélée en 2023 par le propre neveu du suspect. En fouillant dans les affaires de son oncle, il avait découvert sur des clés USB des mémoires numériques particulièrement volumineuses, dans lesquelles Jacques Leveugle consignait lui-même, dans le détail, plus d’un demi-siècle d’agissements commis en France comme à l’étranger.

Un appel à témoins qui a permis de faire avancer le dossier

Lancé le 10 février 2026, l’appel à témoins avait été largement relayé, y compris hors des frontières françaises. « J’ai même été amené à donner des interviews à des médias marocains et de Colombie », a rappelé le procureur. Il a permis de recueillir 146 appels ou mails, dont 25 se sont révélés exploitables : cinq nouvelles victimes ont porté plainte, et vingt autres personnes ont témoigné avoir côtoyé Jacques Leveugle sans en être victimes, certaines faisant état de rumeurs précises sur son comportement à l’égard de mineurs durant ses années au Maroc.

appel à témoins - Jacques Leveugle

Un déplacement dans ce pays, où le mis en examen a vécu vingt-trois ans, avait un temps été envisagé pour entendre d’éventuelles victimes locales. Il a finalement été abandonné, les autorités marocaines ayant fait savoir qu’« aucune d’entre elles ne souhaitait s’exprimer et ne souhaitait être entendue », un droit que le procureur a qualifié de « droit le plus strict des victimes ».

Un mode opératoire répété sur plus de cinquante ans

Au total, 79 mineurs susceptibles d’avoir été victimes de Jacques Leveugle ont été identifiés, entre 1971 et 2023. Parmi eux, 55 ont pu être entendus ; les autres n’ont pas souhaité s’exprimer, n’ont pas pu être localisés, ou sont aujourd’hui décédés.

Leurs témoignages concordent, selon le procureur, avec ce que Jacques Leveugle décrivait lui-même dans ses écrits. « Sa respectabilité lui permettait d’obtenir grande confiance de la part des parents », a expliqué Étienne Manteaux : l’homme, cultivé et polyglotte, gagnait d’abord la confiance des familles par une approche pédagogique, avant que cette proximité, entretenue dans l’isolement, ne donne lieu à des attouchements de plus en plus poussés, jusqu’à ce qu’il se détourne systématiquement des jeunes à l’approche de leur majorité.

Une majorité de faits aujourd’hui prescrits

Sur les 55 personnes entendues, 24 ont déposé plainte. Mais en raison de l’ancienneté des faits, « seules deux victimes sont concernées par des faits qui ne sont pas prescrits », a insisté le procureur : l’une pour des violences commises en Allemagne en 1993, l’autre pour des faits commis entre 1996 et 1999, en France et lors de séjours organisés en Espagne.

Une instruction bientôt close, un procès envisagé en 2027

Un dernier interrogatoire de Jacques Leveugle est prévu à la fin de l’été, avant une clôture de l’instruction attendue « au courant de l’automne ». Le parquet requerra alors, pour ces deux victimes, « le renvoi de cet homme devant une cour criminelle », en l’occurrence la Cour criminelle départementale de l’Isère. Le mis en examen étant en détention provisoire, un procès pourrait se tenir dès 2027.

Les victimes dont les faits sont prescrits mais qui ont porté plainte pourront, si elles le souhaitent, être entendues lors du procès en qualité de témoins.