Trois morts par balle en une semaine, une violence qui banalise les armes, une génération fragilisée. Azzeddine Mhiyaoui, fondateur du Team Mhiyaoui et ancien champion de boxe, a décidé de ne plus se taire. Il organise une marche blanche ce dimanche 3 mai à 14h, avenue Alsace-Lorraine, et appelle tous les Grenoblois à le rejoindre.

Tout est parti d’un enterrement. Quelques jours avant sa mort, un père de famille était venu frapper à la porte du club d’Azzeddine Mhiyaoui pour inscrire son fils. Il a été abattu peu après. « Je me suis retrouvé à ses obsèques. J’ai beaucoup pensé à sa famille. C’est terrible », confie l’ancien boxeur. Ce drame personnel s’est ensuite superposé à une actualité glaçante : dans la semaine du 13 avril, trois personnes ont été tuées par balle à Grenoble en moins de sept jours.

Pour Mhiyaoui, c’est le seuil de trop. « On ne peut pas continuer à enterrer des jeunes, ni des pères de famille. Quand un homme sort du travail et prend une balle parce qu’il a été confondu avec quelqu’un d’autre, ça peut arriver à n’importe quel Grenoblois. »

Une violence qui change de visage

Ce qui inquiète le plus l’ancien champion, c’est la banalisation. « Aujourd’hui, certains sortent une arme pour un regard, une parole ou une histoire d’ego. » La violence, selon lui, ne se limite plus au narcotrafic. Elle s’est diffusée dans les comportements ordinaires. « Une personne qui va boire un coup en boîte de nuit va s’armer parce que c’est devenu normal d’avoir une arme à la ceinture. Être armé à Grenoble est devenu banal », déplore-t-il.

Il confie aussi avoir reçu, depuis l’annonce de la marche, un coup de fil anonyme : « Qu’est-ce que tu fais là ? Tu te mêles d’affaires qui ne te regardent pas. » Sa réponse : « J’en ai rien à faire. » Sa détermination, elle, est intacte.

Dimanche, tout le monde dans la rue

La marche partira le 3 mai à 14h du 4 rue Jay, avenue Alsace-Lorraine, en direction de Notre-Dame — un itinéraire que Mhiyaoui décrit comme symbolique. L’objectif : « Rendre hommage à toutes les victimes, réveiller les esprits et montrer que Grenoble peut se lever contre la violence. » L’appel est lancé à tous : parents, éducateurs, associations, écoles, élus, médias. Des invitations ont été envoyées à la préfète de l’Isère et à la maire de Grenoble Laurence Ruffin, dont des proches ont indiqué qu’elle essaierait d’être présente. « En restant silencieux, on alimente cette violence », insiste-t-il. « Il faut arrêter d’avoir peur, se lever et se battre. »

Un éducateur autant qu’un sportif

À la tête du Team Mhiyaoui — près de 800 licenciés — Azzeddine Mhiyaoui ne fait pas que former des boxeurs. Il intervient aussi en milieu pénitentiaire pour mineurs et revendique un rôle de « grand frère » auprès des jeunes en difficulté. « 80 % de réussite avec des jeunes en galère. On en a sorti de la galère, on a créé de l’emploi. Il faut leur donner un code de vie. »

Sa conviction est simple, et sans appel : « Les jeunes entre 10 et 18 ans, soit on les perd, soit on les accompagne. Aujourd’hui, des gamins de 15 ans sont plus armés que la police. Il faut que toutes les structures travaillent ensemble — police, communes, écoles, associations, éducateurs. Grenoble ne peut pas continuer à vivre comme ça. »

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