Au regard de ce qui s’est passé jeudi dernier lors de l’élection du président de la Métropole de Grenoble, on hésite à mettre un S à solution. En trouver une serait déjà une belle avancée. Cette solution elle pourrait d’ailleurs être dans les mains du législateur. Mais ce ne sera pas pour tout de suite.
Depuis le vote avorté de jeudi dernier, on connaît plus précisément les données de l’équation qui doit déboucher sur une majorité absolue d’au moins 56 voix. D’un côté 47 élus ont voté pour une gouvernance incarnée par Guillaume Lissy sur une ligne politique ancrée à gauche. De l’autre, 51 élus ont voté pour une gouvernance plus collégiale où toutes les sensibilités politiques sont représentées. C’est la ligne défendue par Raphaël Guerrero. Les élus RN (2) et LFI (8) ont présenté également leu candidat et les maires du Pont-de-Claix (Christophe Ferrari) et de Poisat (Ludovic Bustos) n’ont pas pris position pour l’un des quatre candidats déclarés en choisissant de voter pour eux même.
L’union sacrée peut-elle fonctionner ?
Sur le papier, la proposition d’embarquer tout le monde dans le même bateau est séduisante. Mais dans quelle direction va-t-elle emmener la Métropole? Comment cette majorité XXL pourrait se positionner concrètement par exemple sur la stratégie de construction de logements sociaux ou sur la gratuité des transports en commun ?
De l’autre côté, les forces de gauche ont-elles les moyens de leurs ambitions ? Si l’accord technique passé avec La France Insoumise, pour récupérer les 8 voix du groupe, leur permet de gagner de justesse la présidence, elle ne leur donne pas, pour autant, une majorité pour gouverner sereinement.
Un mode de scrutin indirect inadapté
Alors que faire ? Peut-être revoir le mode de scrutin. Aux élections municipales, la liste qui arrive en tête, même si elle n’obtient pas la majorité absolue (dans le cas d’une triangulaire ou plus), est assurée de pouvoir gouverner car la loi lui attribue la moitié des sièges + le prorata de son score sur l’autre moitié.
Mais pour l’intercommunalité, les habitants n’élisent pas directement leurs conseillers communautaires. Ceux-ci sont désignés par chaque conseil municipal en fonction de la taille de la commune : 34 pour la plus grande (Grenoble) jusqu’à un pour la plus petite (Mont-Saint-Martin). A noter, au passage, qu’avec ce système, un Saint-Martinier est 60 fois mieux représenté qu’un Grenoblois.
Mais quoi qu’il en soit, ce mode de scrutin indirect ne permet pas d’offrir une prime majoritaire à la force politique la mieux représentée. Si celle-ci n’a pas une majorité naturelle qui se dégage, elle doit donc composer avec les autres. Et c’est là que les blocages peuvent survenir. Car malgré la volonté de dépasser les clivages initiée par Emmanuel Macron en 2017, la gauche et la droite n’ont pas disparu et leur antagonisme non plus.
Un poids électoral différent suivant sa commune de résidence
Le mode de scrutin métropolitain est d’autant plus inadapté qu’il n’offre pas un poids équitable à chaque habitant de l’agglomération grenobloise. L’exemple de Mont-Saint-Martin est symbolique. Guillaume Lissy est soutenu par 11 maires qui représentent plus de 63% des habitants de l’agglomération. Pour autant, il a été devancé en nombre de voix pour l’élection à la tête de la Métropole par Raphaël Guerrero, soutenu par 36 maires mais qui représentent moins de 34% de la population.
Quel critère faut-il privilégier ? Le nombre de maires ou le nombre d’habitants ? Dans un vote direct, c’est évidemment le deuxième critère qui l’emporte. Mais en attendant que le mode de scrutin évolue, les élus vont devoir composer avec les cartes qu’ils ont en main. Et force est de constater que Raphaël Guerrero et Guillaume Lissy n’ont pas beaucoup d’atouts dans leur jeu.
👉 L’élection du président de la Métropole de Grenoble aura lieu jeudi 30 avril à partir de 9 h – en direct sur notre antenne