Quatre jours après les émeutes spectaculaires qui ont saccagé le centre-ville de Grenoble, le monde économique a réuni la presse mercredi soir pour faire le bilan et tenter de se projeter sur la suite avec une incertitude de taille : les mêmes causes vont-elles produire les mêmes effets ce samedi ?

Ils étaient tous réunis : représentants de la Chambre de commerce et d’industrie de Grenoble, fédérations du BTP et de l’immobilier, chefs d’entreprise, commerçants, hôteliers et restaurateurs. Pour parler d’une seule voix et afficher la solidarité du monde économique après les événements qui ont frappé le centre-ville de Grenoble samedi dernier.

Le bilan est très lourd : 106 commerces ont été dégradés dont 24 ont subi des pillages. Certains ne rouvriront pas avant plusieurs semaines, d’autres peut-être jamais, tant le choc a été violent et les dégâts considérables. Plusieurs magasins ont entièrement brulés.

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Le magasin Fêt’à Fête entièrement détruit

Il est encore trop tôt pour évaluer précisément le montant des travaux mais la facture se chiffrera certainement en millions d’euros. Sans parler des pertes de chiffre d’affaires subies depuis par l’ensemble des commerçants. « Le client n’existe plus cette semaine à Grenoble », confirme Danièle Chavant, présidente de l’Umih, le syndicat des hôteliers et restaurateurs de l’Isère.

« Ils ont merdé, qu’ils assument ! »

Mais le traumatisme va bien au-delà des pertes financières. La colère envers les casseurs est évidemment très forte mais une partie du monde économique grenoblois s’interroge aussi sur l’incapacité des forces de l’ordre à protéger les commerces.

« J’en veux beaucoup à l’État, qui n’a pas été capable de mesurer la dimension de l’événement. Ils ont merdé, qu’ils assument ! » lance, amère, Danièle Chavant reprenant l’expression familière du Premier ministre. « Ce n’est pas à nous, commerçants, de barricader nos vitrines à chaque manifestation ou de payer des vigiles », poursuit Emmanuel Lenoir.

Emmanuel lenoir, Danielle Chavant
Emmanuel Lenoir (CCI) et Danièle Chavant (Umih)

Déja des émeutes à Grenoble en 2023

Le vice-président de la CCI en profite pour rappeler que les commerçants grenoblois avaient déjà été durement touchés il y a trois ans, lors des émeutes qui avaient suivi la mort du jeune Nahel, tué par un policier en région parisienne. « Mais on n’avait pas eu à l’époque ce sentiment de combats de rue et de pillages organisés », se souvient Emmanuel Lenoir. « C’est pour ça qu’on s’en est peut-être remis plus facilement. Cette fois, ce sera dur de se relever. »

Pour aider le commerce à reprendre vie, la CCI a mis en place un guichet unique afin d’accompagner les commerçants dans leurs démarches administratives. La Métropole doit voter ce vendredi une aide exceptionnelle de 3 000 à 10 000 € par entreprise, destinée à financer en urgence la réparation et la sécurisation des vitrines et devantures dégradées. La Région va également débloquer des aides.

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Les commerçants se préparent à une deuxième journée d’émeutes

Grenoble retient son souffle

Mais l’avenir va surtout dépendre de ce qui se passera samedi. La préfecture a interdit les manifestations dans le centre-ville. Les cortèges autorisés défileront donc dans d’autres secteurs, où les commerces n’ont pas été touchés.

Des appels circulent également sur les réseaux sociaux pour s’en prendre à Neyrpic ou à Grand’Place. Info ou intox ? La préfète confirmait mercredi soir que ses services étaient contraints de prendre en considération toutes ces hypothèses, même si certaines se révèlent être de fausses pistes.

Un possible couvre-feu ?

La préfecture n’exclut pas d’instaurer un couvre-feu, samedi, si la situation dégénère. Une perspective que redoutent les commerçants, car elle risquerait de faire fuir les rares clients qui fréquentent encore le centre-ville.

À moins d’un mois de l’ouverture du marché de Noël, qui marque habituellement le début d’une période florissante pour le commerce du centre-ville, les prochaines semaines s’annoncent particulièrement anxiogènes pour une profession qui était déjà en souffrance.

👉 Un rassemblement citoyen est organisé par le collectif La France Résiste et le parti Reconquête ce vendredi à 18 heures devant le Palais de justice de Grenoble pour dire stop aux pillages et aux casseurs

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Joris Benelle (directeur de la CCI), Bertrand Converso (président du BTP de l’Isère), Hugues Devillard (président de la FNAIM), Pascal André (président Les Entrepreneurs), Pierre Streiff (président de la CCI), Emmanuel Lenoir (président de Labelville) et Danièle Chavant (présidente de l’Umih Isère)