La préfète de l’Isère assure que le dispositif de sécurité du 17 octobre était adapté. Mais des policiers interrogés par Le Dauphiné Libéré racontent une tout autre réalité. Petite revue de presse de ces versions contradictoires.

550 policiers et gendarmes mobilisés, 106 commerces pris pour cible (selon la dernière estimation), des scènes de pillages dans 24 d’entre-eux et des forces de l’ordre visiblement débordées. Quatre jours après les violences qui ont secoué Grenoble samedi 17 octobre, la question des moyens policiers engagés fait débat. Et les récits publiés dans la presse locale révèlent un décalage entre le discours officiel de la préfecture et le vécu des fonctionnaires sur le terrain.

Dimanche : l’ampleur des dégâts interroge

Dès dimanche, la question de l’insuffisance éventuelle des moyens policiers est posée dans les médias. Dans un article publié en fin de journée sur son site, Le Dauphiné Libéré rapporte les explications de Catherine Séguin, préfète de l’Isère, face aux critiques des commerçants et habitants.

La représentante de l’État estime que le dispositif de sécurité était « adapté » et « particulièrement conséquent ». Une position également relayée le même jour par Grenoble Mag, qui reprend ses explications sur les moyens engagés : deux unités de forces mobiles, des renforts de gendarmerie et près de 550 policiers et gendarmes au total.

Pour la préfète, un tel effectif est important pour une ville de 150 000 habitants. Elle souligne également la difficulté d’une journée au cours de laquelle les forces de l’ordre ont dû encadrer quatre manifestations réunissant jusqu’à 13 000 personnes selon les autorités, tout en faisant face à plusieurs centaines d’individus violents.

manifestation 17 octobre

Lundi : la préfète défend son dispositif

Invitée de la matinale d’Ici Isère, lundi 19 octobre, Catherine Séguin revient sur les violences et les pillages du week-end : « les Grenoblois doivent savoir que nous serons là, que nous ne lâcherons rien ». La préfète réaffirme la mobilisation des services de l’État et leur détermination à assurer la sécurité lors des prochains rassemblements.

Le bilan est désormais plus précis : 106 enseignes dégradées dont 24 pillées, 31 policiers blessés ainsi que 2 pompiers et 66 personnes interpellées dont une quinzaine de mineurs. Quinze seront d’ailleurs jugées en comparution immédiate dans la journée avec des peines allant des travaux d’intérêt général à de la prison ferme (8 mois) pour l’un d’entre-eux. Mais une question demeure : comment expliquer l’ampleur des destructions malgré un dispositif policier présenté comme « très conséquent et adapté » ?

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Un des 24 magasins pillés par les casseurs

Mardi : l’autre version des policiers

C’est un tout autre éclairage qu’apportent les témoignages de policiers recueillis sous couvert d’anonymat par Le Dauphiné Libéré et publiés sur son site mardi 20 octobre. Selon ces témoignages, les fonctionnaires auraient été en sous-effectif et rapidement dépassés par l’ampleur des violences. Ils évoquent « une véritable faillite de la sécurité« . Une réalité de terrain qui contraste avec les affirmations de la préfète.

Ce sentiment d’impuissance rejoint d’ailleurs les scènes décrites par les journalistes sur le terrain samedi. Dès l’après-midi, ils relataient des affrontements violents boulevard Gambetta, où des policiers avaient été repoussés, tandis que des groupes de casseurs se déplaçaient dans le centre-ville, notamment autour de la place Victor-Hugo et de l’avenue Alsace-Lorraine sans être inquiétés.

Ces témoignages posent une question essentielle : les 550 policiers et gendarmes annoncés étaient-ils tous réellement disponibles pour intervenir dans les secteurs touchés par les pillages ? Ont-ils eu des consignes pour ne pas intervenir contre les casseurs comme le pense la gérante du magasin Damart dans Le Dauphiné Libéré : « ils ont tout vu et ils les ont laissés faire ! »

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Une interrogation qui dépasse Grenoble

Dans son édition du mardi 20 octobre, Le Monde consacre également une enquête aux difficultés rencontrées par les forces de l’ordre lors des manifestations sous le titre « Mobilisation du 17 octobre : des erreurs du renseignement au manque d’effectifs mobilisés, retour sur un fiasco sécuritaire ».

Le quotidien rapporte que le gouvernement a lui-même reconnu des problèmes de dimensionnement des dispositifs policiers dans plusieurs villes françaises. À Marseille notamment, des représentants syndicaux décrivent des effectifs insuffisants et des violences déclenchées plus tôt que prévu.

En-a-t-il été de même à Grenoble ? Le constat de la préfecture et celui des policiers de terrain ne sont pas nécessairement incompatibles : un dispositif important en nombre peut se révéler insuffisant lorsque les violences se multiplient simultanément dans différents quartiers.

forces de l'ordre police

Une nouvelle confrontation ce samedi ?

Jérome Chappa, le directeur interdépartemental de la police nationale avoue d’ailleurs « une forme de sidération des policiers face au niveau de violence constaté« . Est-ce que des renforts supplémentaires auraient pu limiter l’ampleur des destructions ? « 50 effectifs de plus, ça n’aurait pas changé grand chose » avoue un policier dans Le Dauphiné Libéré.

Car au-delà de la bataille des chiffres, c’est bien la capacité du dispositif de maintien de l’ordre à s’adapter à cette nouvelle forme de violences urbaines avec des groupes très mobiles et agissant en nombre. Une question d’autant plus importante que Grenoble va connaître de nouveaux rassemblements ce samedi.