Après les violences du 17 octobre et le couvre-feu instauré le 24, les commerçants grenoblois subissent une chute de fréquentation spectaculaire. À quelques semaines des achats de Noël, l’inquiétude grandit pour l’avenir du centre-ville.

Pour les commerçants grenoblois, le mois d’octobre pourrait laisser des traces durables. Une semaine après les scènes de violences et de pillages qui ont frappé le centre-ville le samedi 17 octobre, la nouvelle journée de mobilisation du 24 octobre n’a pas inversé la tendance. L’instauration d’un couvre-feu samedi soir a encore compliqué la situation. Entre vitrines brisées, magasins fermés de façon préventive et clients qui désertent les rues, c’est toute l’activité commerciale du cœur de Grenoble qui tourne au ralenti.

Le bilan des violences du 17 octobre était déjà particulièrement lourd : 106 commerces dégradés, dont 24 pillés. Pour certains, les dégâts nécessiteront plusieurs semaines de travaux. D’autres pourraient ne jamais rouvrir. Mais au-delà des destructions matérielles, c’est désormais l’ensemble des commerçants du centre-ville qui subit les conséquences de ces événements.

Car même les boutiques épargnées par les casseurs sont touchées. Depuis une semaine, la fréquentation s’est effondrée dans certaines rues commerçantes. Les clients hésitent à venir faire leurs achats, craignant de nouvelles violences ou des difficultés pour circuler et stationner. Une situation particulièrement préoccupante pour les commerces indépendants, dont l’équilibre financier dépend directement du chiffre d’affaires quotidien.

rue de Sault sans personne (IA) / commerce
La rue de Sault déserte, du jamais vu un samedi après-midi.

Le couvre-feu, un nouveau coup dur

L’instauration d’un couvre-feu entre 18 heures samedi 24 octobre et 6 heures dimanche matin, dans plusieurs secteurs du centre-ville et des zones commerciales de l’agglomération (Neyrpic, Comboire, Grand-Place), a ajouté une contrainte supplémentaire.

Destinée à prévenir de nouvelles violences et à protéger les personnes et les biens, cette mesure de sécurité a aussi eu des conséquences économiques. Pour les bars et les restaurants, le samedi constitue souvent la journée la plus importante de la semaine. La perspective de nouveaux affrontements, le dispositif policier et l’obligation de respecter le couvre-feu ont pesé sur la venue de la clientèle.

« On eu a supporter les coûts, salaires et mesures de protection mais pas de recettes en face » déplore le gérant d’une boutique de prêt-à-porter qui emploie plusieurs salariés. Il avait décidé d’ouvrir samedi mais « les clients ont eu peur de venir en centre-ville » constate-t-il. Aucun tramway ne circulait ce qui n’a pas arrangé la situation.

police blocage rue
La police avait la consigne de bloquer les accès au centre-ville ce samedi.

Noël, une période décisive qui inquiète

Les professionnels espéraient que cette journée de manifestation se passe bien pour inverser la tendance. Mais si la casse n’a pas eu l’ampleur de samedi dernier, plusieurs dizaines de commerces du Cours Jean-Jaurès et des grands boulevards ont subi des dégradations sur leurs vitrines. Deux d’entre-eux, au moins, ont été pillés : le supermarché Spar sur l’avenue Albert 1er de Belgique et le restaurant Pizzza Hut de la place Gustace-Rivet.

Dans quelques semaines débutera la période des achats de Noël, traditionnellement l’une des plus importantes de l’année pour les commerçants. Pour les boutiques de vêtements, de décoration, de jouets ou de cadeaux, les mois de novembre et décembre représentent une part essentielle du chiffre d’affaires annuel. Une baisse durable de fréquentation à cette période pourrait avoir des conséquences bien plus graves que les seules pertes enregistrées en octobre.

vitrines protégées commerce Sephora / émeutes
Les panneaux en bois remplacent les décorations de Noël dans le centre-ville de Grenoble.

De nouvelles manifestations annoncées

Le risque est aussi celui d’un changement de mode de consommation. Si les clients prennent l’habitude d’éviter le centre-ville, ils pourraient se tourner vers les zones commerciales périphériques ou les achats sur Internet. Le marché de Noël qui doit débuter le 20 novembre place Victor-Hugo, n’est pas remis en cause pour l’instant mais il va falloir inviter la clientèle à revenir en centre-ville.

Dans une ville où l’on trouve déjà des locaux commerciaux fermés dans presque toutes les rues, les semaines qui viennent risquent d’être anxiogènes. D’autant qu’après deux premières manifestations très suivies, un acte III est déjà annoncé pour samedi 31 octobre ainsi qu’une grande journée de mobilisation syndicale couplée à un appel à la grève générale le 5 novembre…