Face à la forte hausse de la fréquentation en montagne, le Parc national des Écrins fait évoluer la réglementation du bivouac. Un nouvel arrêté du directeur entre en vigueur pour la saison estivale 2026. Il vise à mieux préserver les espaces naturels tout en maintenant cette pratique emblématique de la randonnée itinérante.

Autorisé sous certaines conditions depuis la création du Parc national des Écrins en 1973, le bivouac reste une pratique emblématique pour les randonneurs et les alpinistes. Mais ces dernières années, sa fréquentation a fortement augmenté sur plusieurs sites du cœur du parc. Les suivis réalisés entre 2021 et 2025 montrent un doublement du nombre de tentes sur plusieurs secteurs de référence. Au lac de la Muzelle, jusqu’à 215 tentes ont été recensées au mois d’août 2025.

Selon le Parc national, cette évolution s’accompagne d’impacts croissants sur les milieux naturels : piétinement de la végétation, dérangement de la faune sauvage, abandon de déchets, pratiques inadaptées à proximité des lacs et des cours d’eau ou encore multiplication des feux pourtant interdits. « Le bivouac fait partie de l’ADN des Écrins. C’est une grande expérience de nature qui mérite d’être préservée. Mais face au doublement de la fréquentation sur certains de nos sites les plus fragiles, notre responsabilité est d’agir pour que cette pratique reste soutenable », explique Samuel Sempé, directeur par intérim du Parc national des Écrins.

Des règles précisées

Le nouvel arrêté ne remet pas en cause le principe du bivouac, mais en précise les conditions de pratique. Le texte rappelle qu’il s’agit d’une installation temporaire et itinérante, distincte du camping, qui demeure interdit dans le cœur du parc. Les règles restent les suivantes : les tentes peuvent être installées uniquement après 19 heures et doivent être démontées avant 9 heures.

Le bivouac est limité à une seule nuit sur un même site et ne peut être pratiqué qu’à plus d’une heure de marche des limites du cœur du parc ou des parkings. Le règlement interdit également le bivouac dans certains secteurs particulièrement sensibles, notamment les zones de tranquillité de la faune, les zones humides protégées, les routes, les parkings, les zones d’héliportage ainsi que les secteurs signalés sur le terrain. Aux lacs du Lauvitel et de la Muzelle, le bivouac est désormais interdit à moins de 500 mètres des berges, sauf dans les espaces spécifiquement aménagés et signalés.

Feux interdits, réchaud autorisé

L’arrêté rappelle également les règles concernant les équipements utilisés pendant le bivouac. Seuls les réchauds portatifs à gaz sont autorisés. Tout autre dispositif de combustion ainsi que les feux ouverts restent interdits. Les eaux usées provenant de la vaisselle, de la toilette ou de la lessive devront être rejetées à plus de 50 mètres des lacs, des cours d’eau et des zones humides afin de limiter les impacts sur les milieux naturels.

Des quotas possibles à l’avenir

Parmi les nouveautés figure la possibilité, pour le directeur du Parc national, d’instaurer des quotas de bivouac sur certains secteurs particulièrement fréquentés si la préservation des milieux naturels ou la tranquillité de la faune l’exigent. Aucun quota ne sera toutefois mis en place durant l’été 2026. Le projet d’arrêté a fait l’objet d’une consultation publique qui a recueilli 686 contributions. Les trois quarts des participants se sont déclarés favorables à l’évolution de la réglementation. Les échanges ont notamment conduit le Parc à renoncer à l’hypothèse d’un système de réservation payant.

Miser sur la sensibilisation

Au-delà de la réglementation, le Parc national des Écrins souhaite renforcer la prévention. Une campagne d’information est menée avec les offices de tourisme autour du « bivouac responsable dans les Écrins ». Des actions de sensibilisation seront organisées tout au long de l’été, tandis que la signalétique sera renforcée sur les sites les plus fréquentés, comme le Lauvitel.

Les opérations de contrôle associeront le Parc national, l’Office français de la biodiversité, la gendarmerie et les polices municipales. « Sur le terrain, notre priorité reste la pédagogie, l’accompagnement et la sensibilisation. La réglementation est désormais plus claire et plus lisible pour les randonneurs. Nos équipes et nos partenaires seront présents tout l’été pour expliquer ces règles, car nous croyons avant tout à la responsabilité de chacun », conclut Samuel Sempé. Les Ecrins n’est pas le seul territoire de montagne touché. En mai dernier la Réserve des Hauts-Plateaux du Vercors a aussi alerté sur ce phénomène.

👉 Le texte intégral de l’Arrêté pris par le Parc national des Ecrins ici