Le Parc naturel régional du Vercors a publié mardi un bilan alarmant des dégradations constatées dans la Réserve naturelle des Hauts-Plateaux lors du week-end de Pentecôte. Feux de bivouac, drones illégaux, fleurs protégées cueillies, et nécessité de secours en hélicoptère : la liste est longue.

La météo estivale a attiré en masse les randonneurs sur les Hauts-Plateaux du Vercors ce week-end. Mais derrière les cartes postales de la plus grande réserve naturelle de France métropolitaine17 000 hectares à cheval sur la Drôme et l’Isère — le bilan dressé par le Parc naturel régional est sévère. Dans un post publié mardi 26 mai sur ses réseaux sociaux, le syndicat mixte gestionnaire de la réserve parle d’un "bilan accablant des dégradations", relevées par ses cinq gardes permanents sur la seule période du samedi et du dimanche, hors lundi férié.

dégradations sur les hauts plateaux du vercors

Le détail des incidents recensés

Le Parc énumère : "des feux de bivouac à la Jasse du Play, au pas des Chattons et au col de l’Aupet (qui a failli provoquer un incendie), 2 VTT à Darbounouse, quatre drones repérés au sommet du Grand Veymont, au pas de l’Essaure et à la Tête Chevalière, des fleurs protégées cueillies, des tentes montées en dehors des heures de bivouac autorisées, deux secours en hélicoptère déclenchés : l’un pour un groupe mal équipé sur les crêtes, l’autre pour un abus d’alcool.". Le Parc souligne lui-même que ce bilan n’est que partiel : il repose sur les seuls faits remontés par les gardes, sans comptabiliser les infractions qui leur ont échappé.

Un territoire fragilisé par le changement climatique

Le contexte aggrave la situation. Le Parc rappelle que les Hauts-Plateaux du Vercors sont particulièrement vulnérables aux pressions humaines, dans un contexte de réchauffement climatique qui accentue la fragilité de la faune et de la flore locales. Le Parc écrit : "Les changements climatiques actuels fragilisent toujours plus sa faune et sa flore. Pour éviter des dégradations irrémédiables, soyez respectueux de ces milieux naturels exceptionnels en ne laissant aucune trace de votre passage." En avril dernier, une fausse annonce de fermeture de la réserve, diffusée comme un poisson d’avril, avait suscité de nombreuses réactions. Le message sous-jacent, lui, était bien réel.

Le Grand Veymont en sursis : la FFR tire aussi la sonnette d’alarme

Le Parc n’est pas seul à alerter. La Fédération française de randonnée (FFR) a également publié ces derniers jours un avertissement sur la surfréquentation du sentier du Grand Veymont, point culminant du Vercors. Sur son site, elle indique : "Le passage répété de randonneurs sur un sol fragile associé à des conditions climatiques extrêmes provoque des dégradations écologiques et paysagères sur les sentiers de montagne. C’est le cas du sentier du Grand Veymont. Il est fortement dégradé ce qui menace la sécurité des randonneurs et la qualité du milieu naturel." En réponse, les gardes de la réserve ont renforcé le balisage entre le pas de la Ville et le sommet, en installant des repères jaunes pour canaliser les flux et limiter l’impact du piétinement hors sentier.

La FFR rappelle plusieurs règles simples : ne jamais couper les lacets — les traces ainsi créées peuvent se transformer en torrents temporaires qui érodent le sol jusqu’à la roche mère — et ne pas construire de cairns. La fédération précise : "Chaque pierre prélevée pour la constitution d’un cairn sont autant de matériaux manquants pour la stabilité d’un sentier et une dégradation de l’habitat de nombreuses espèces."

Des randonneurs respectueux, mais une surveillance insuffisante

Le tableau n’est pas entièrement sombre. Le Parc tient à saluer les marcheurs qui, ce week-end, ont spontanément éteint les feux à la Jasse du Play et au pas des Chattons. Il met cependant en garde : ces interventions citoyennes, bien qu’appréciées, comportent des risques, certains contrevenants pouvant se montrer agressifs face aux remarques. La réserve est surveillée par cinq gardes permanents, auxquels s’ajoutent deux agents saisonniers en période estivale — un effectif limité au regard des 17 000 hectares à couvrir. Le Parc conclut : "Les Hauts-Plateaux du Vercors peuvent accueillir du monde, mais ils ne peuvent plus supporter ces actes d’incivilité répétés chaque semaine."