À 31 ans, Jocelyn Dubost, agriculteur installé à Courtenay, près de Morestel, vient de prendre les rênes du syndicat national des Jeunes Agriculteurs (JA). Élu lors du 59e congrès à Bourg-en-Bresse, l’Isérois entend faire avancer plusieurs dossiers majeurs, de la gestion de l’eau à l’installation des jeunes exploitants, dans un contexte de tensions au sein du monde agricole.

L’Isère s’offre un représentant au sommet du syndicalisme agricole. Jocelyn Dubost, exploitant agricole basé à Courtenay, près de Morestel, a été élu président national des Jeunes Agriculteurs (JA) lors du 59e congrès du syndicat, organisé le jeudi 4 mai à Bourg-en-Bresse. À seulement 31 ans, il succède à une génération de responsables agricoles dans un contexte délicat pour le syndicat, marqué par une perte d’influence électorale de l’alliance historique entre les JA et la FNSEA. Avant cette élection nationale, Jocelyn Dubost avait déjà fait ses preuves à l’échelle régionale. Pendant quatre ans, il a présidé les JA en Auvergne-Rhône-Alpes, forgeant une réputation de responsable investi et fin connaisseur des dossiers agricoles.

Une passion née sur les tracteurs familiaux

Installé professionnellement depuis 2015, Jocelyn Dubost cultive aujourd’hui 225 hectares de terres agricoles, dont une large part consacrée aux céréales — maïs, blé et tournesol — complétées par des prairies. L’agriculture, il l’a apprise très tôt. Entre son père et ses oncles, tous agriculteurs, le jeune Isérois découvre rapidement le quotidien du métier, souvent… directement depuis un tracteur. Ce qu’il admire alors ? La capacité des agriculteurs à être, selon ses mots, des "gardiens de leur temps", malgré les aléas climatiques ou économiques. Avant de se consacrer pleinement à la ferme familiale, il envisage pourtant d’autres horizons : la cuisine ou même le journalisme sportif. Finalement, direction un lycée agricole, puis un BTS analyse, conduite et stratégie de l’entreprise agricole.

Du concours de labour au syndicalisme

Son engagement syndical démarre presque par hasard. En 2014, avant même son installation, il rejoint les JA du canton de Morestel comme bénévole pour un concours de labour. Une porte d’entrée qui va rapidement devenir un engagement de fond. Au fil des années, il gravit les échelons du syndicat, attiré autant par la convivialité du monde agricole que par le goût de défendre des dossiers concrets. Parmi ses priorités : l’installation des jeunes agriculteurs et la gestion de l’eau, un sujet devenu incontournable avec le changement climatique. Et sur ce terrain, l’Isérois parle d’expérience. Impliqué dans une association regroupant 28 irrigants puisant directement dans le Rhône, il défend une gestion raisonnée de la ressource. Son objectif affiché : "sortir des débats manichéens" autour de l’eau, tout en garantissant la viabilité économique des exploitations.

Préparer l’agriculture de demain

À la tête des Jeunes Agriculteurs, Jocelyn Dubost souhaite poursuivre le travail engagé sur les "plans et contrats d’avenir", un dispositif pensé pour accompagner la transition agricole face au changement climatique. L’idée ? Aider les exploitations à évoluer tout en sécurisant les revenus des agriculteurs grâce à des contrats avec des industriels ou distributeurs.Sur sa propre exploitation, l’agriculteur isérois expérimente déjà cette adaptation. Il a notamment introduit la culture du soja, encore largement importé en France. Des essais ont aussi été menés sur les lentilles ou le chanvre, sans résultats jugés suffisamment convaincants. En revanche, il a renforcé les échanges locaux entre agriculteurs, notamment autour du foin et du fumier, preuve que l’économie circulaire n’est pas qu’un mot à la mode dans les conférences.

Retisser le lien avec le terrain

Mais le défi du nouveau président ne sera pas seulement agricole. Il sera aussi syndical. Depuis les dernières élections professionnelles, l’alliance entre les JA et la FNSEA a perdu sa majorité, tandis qu’une partie des jeunes agriculteurs s’est rapprochée d’autres syndicats comme la Coordination rurale ou la Confédération paysanne. Conscient des fractures, Jocelyn Dubost affiche une volonté claire : renouer le dialogue. "Je ne veux pas tomber dans le spectacle à outrance pour rameuter les jeunes, mais il faut aller leur parler", affirme-t-il. Une manière de rappeler qu’en agriculture, comme ailleurs, on récolte rarement sans avoir commencé par semer.

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