Douze membres de l’association Ultime Liberté, dont trois Isérois, comparaissent à partir de lundi devant le tribunal correctionnel de Paris. Ils sont poursuivis pour acquisition, détention et importation illégales de pentobarbital, un barbiturique interdit en France depuis 1996. Au-delà du risque judiciaire – cinq ans d’emprisonnement – les militants veulent faire de leur procès une tribune pour défendre la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie volontaire.
Trois retraités isérois au cœur du procès
Guy Lechartier, ancien dessinateur industriel, François Galichet ex professeur de philosophie, tous deux âgés de 81 ans, et Marie-Christine Coilbault , une ancienne professeur des écoles de 76 ans, figurent parmi les prévenus. Ces militants risquent jusqu’à cinq ans de prison pour avoir aidé des adhérents de leur association à se procurer du pentobarbital via une filière mexicaine. Un produit qu’ils qualifient de « simple et doux pour finir sa vie ».
Cette substance, utilisée en médecine vétérinaire pour les euthanasies, est interdite à la vente en France depuis 1996. Les autorités françaises avaient été alertées en 2019 par les services américains sur un trafic suspect. Une vaste opération pour, comme le dira avec un sourire l’un des membres de l’association « démanteler une dangereuse mafia de vieux fourneaux » avait alors mobilisé 300 gendarmes pour perquisitionner chez 130 personnes âgées, certaines passant plusieurs heures en garde à vue.
Un procès comme tribune sur la fin de vie
Les militants d’Ultime Liberté abordent leur procès avec « sérénité » et veulent transformer cette étape judiciaire en plateforme politique. Leur objectif : interpeller les pouvoirs publics alors que le Sénat devrait à son tour examiner prochainement le projet de loi sur la fin de vie.
« Pouvoir mourir quand on le souhaite doit faire partie des libertés fondamentales », résume François Galichet. L’association milite pour une loi élargissant l’aide à mourir, au-delà des seuls cas de maladies incurables à pronostic létal. Elle souhaite que des associations agréées, avec un contrôle et des formations, plutôt qu’un médecin, puissent accompagner les personnes qui choisissent de mettre fin à leurs jours. Les militants dénoncent une loi jugée trop restrictive, qui ne prend pas en compte des pathologies comme Alzheimer ou la maladie de Charcot, ni les situations de « fatigue de vivre ». Selon Guy Lechartier, « un tiers des 9 000 suicides annuels en France concerne des personnes de plus de 65 ans ».
Le procès, prévu jusqu’au 9 octobre, entendra notamment François de Closets (journaliste, auteur de La dernière liberté) et le philosophe André Comte-Sponville, favorables à une évolution législative.
D’autres poursuites en Isère
Parallèlement, Guy Lechartier et Marie-Christine Coilbault restent sous le coup depuis 2024 d’une mise en examen à Grenoble pour « exercice illégal de la profession de pharmacien », après avoir aidé une femme de 91 ans à mettre fin à ses jours. La tentative avait échoué et son fils avait porté plainte. Mais à ce jour aucun procès n’est prévu.
En Isère, l’association Ultime Liberté revendique 275 adhérents et accompagne actuellement une douzaine de personnes.