Les 110 conseillers communautaires élus après les Municipales vont devoir choisir celui ou celle qui dirigera la Métropole grenobloise pendant les sept prochaines années. Le vote doit intervenir au plus tard le 24 avril. Mais à quelques jours de l’échéance, il est encore difficile de voir émerger une tendance.

Ces dernières années, les compétences des métropoles se sont accrues : déplacements, aménagement, développement économique, logement, propreté, voiries… Autant de secteurs d’activités clés pour la bonne marche d’un territoire. L’élection du président de la Métropole, et la feuille de route qui va avec, sont donc capitales pour l’avenir de l’agglomération grenobloise.

Un précédent mandat qui a laissé des traces

D’autant que le mandat qui vient de s’achever a été pour le moins chaotique. « On a passé plus de temps à arbitrer les différends au sein de la supposée majorité qu’à discuter de projets » illustre Laurent Thoviste, co-président du groupe centriste. Un constat partagé par tous les élus quelque soit leur bord politique. L’origine de ce conflit qui a miné tout le mandat remonte au déroulement du scrutin pour élire le président en juillet 2020*. Alors comment éviter que le même scénario ne se reproduise ? « En faisant émerger une candidature de consensus » poursuit Laurent Thoviste.

Laurence Ruffin revendique la 1ère vice-présidence

Mais à quelques jours de l’échéance, ce candidat providentiel n’est pas évident à trouver. Des noms circulent ou ont circulé comme celui de Guillaume Lissy, le maire de Seyssinet qui confirme « travailler depuis longtemps sur le sujet métropolitain avec notamment Laurent Amadieu, le maire de Saint-Egrève ». Les communistes ont aussi annoncé leur souhait de postuler avec notamment Amandine Demore, la maire d’Echirolles. Au centre, Franck Longo, le maire de Fontaine, peut aussi représenter une option. Même Laurence Ruffin se dit prête à y aller si aucun consensus ne se dessine. Elle revendique à minima la première vice-présidence de la Métropole « pour que Grenoble soit respectée en tant que ville-centre ».

Deux façons différentes d’envisager la gouvernance

Si le consensus n’est pas facile à trouver, c’est aussi parce que deux visions s’opposent. Il y a ceux qui prônent une approche territoriale pour rassembler au-delà des clivages politiques habituels autour d’un contrat de gouvernance. On y retrouve notamment les maires des petites communes. Et il y a ceux qui préfèrent s’appuyer sur une majorité plus politique capable de mettre en oeuvre un programme clair. C’est le cas des principales villes de gauche de l’agglomération qui représentent un poids démographique largement majoritaire mais qui ne se traduit pas de façon aussi nette en nombre de sièges au conseil métropolitain.

Un rapport de forces à 50/50

Laquelle des deux options l’emportera ? Au petit jeu des pronostics, on arrive sur du 50-50. Ou plutôt 55-55 puisqu’ils seront 110 élus à prendre part au vote. L’arithmétique n’aide pas à simplifier les choses. En tout cas, pour beaucoup de ces élus, ce nouvel épisode doit forcément s’écrire avec un nouvel exécutif. « Ce qui me semble très important, c’est à la fois de tourner une page sur ce qui s’est passé et de trouver la personne capable de porter au mieux un nouveau projet pour la Métropole » confirme Laurence Ruffin.

Christophe Ferrari peut-il encore peser ?

Exit donc Christophe Ferrari ? Probable, mais le président sortant, réélu sans opposition au Pont-de-Claix, n’a pas lâché l’affaire pour autant. Après l’échec des candidats qu’il avait placés sur les villes clés de l’agglomération (Echirolles, Saint-Martin-d’Hères, Grenoble), il a quitté son parti (Place Publique), rejoint le groupe des petites communes moins marqué politiquement et laisse entendre qu’il est toujours au centre du jeu, prêt à servir son territoire. Sur la papier, son pari peut fonctionner. En s’alliant avec la droite et le centre (25 sièges), son nouveau groupe, fort d’une trentaine d’élus, pourrait remporter le scrutin. Mais une autre personnalité issue de cette mouvance aurait sûrement plus de chance de fédérer qu’un président accusé par l’opposition comme par une partie de sa majorité d’avoir trahi ses engagements de 2020.

Christophe Ferrari et laetitia Rabih
Christophe Ferrari et Laëtitia Rabih en campagne à Echirolles contre la maire sortante

La France Insoumise entre dans le jeu avec huit élus

Dans cette équation qui n’a peut-être pas de solution, il y a encore, de toute façon, plusieurs inconnues. Comme le rôle que vont jouer les huit élus de La France Insoumise qui font leur entrée au conseil communautaire. Leur chef de file Allan Brunon a annoncé qu’il sera symboliquement candidat au premier tour. Il a également confié avoir échangé avec Christophe Ferrari sur un éventuel soutien pour les tours suivants car l’élection à la Métropole se jouent en trois temps : deux tours à la majorité absolue et un dernier où celui qui arrive en tête est élu même sans majorité.

Un candidat « surprise » pour mettre tout le monde d’accord ?

Les prochains jours vont être intenses en discussions et peut-être en enseignements. Est-ce qu’un maire déjà un peu expérimenté qui n’aurait pas siégé dans le pugilat du précédent mandat et qui ne ferait d’ombre à personne peut sortir du chapeau ? Celui d’Eybens coche toutes ces cases. Mais il n’est peut-être pas le seul. En tout cas, si un consensus n’émerge pas, l’élection se jouera le jour J, comme en 2020. Chaque camp risque alors de présenter son candidat et l’on pourrait avoir un président élu avec une majorité relative. Pas l’idéal pour démarrer un mandat.

* En 2020, deux candidats étaient en lice à gauche : Christophe Ferrari président sortant et Yann Mongaburu conseiller municipal écologiste de Grenoble. Un accord de désistement était prévu en faveur de celui qui obtiendrait le plus de voix au premier tour de scrutin. Yann Mongaburu a devancé Christophe Ferrari d’une voix mais ce dernier a maintenu sa candidature en négociant le retrait du candidat présenté par la droite pour assurer sa victoire. Les écologistes n’ont jamais digéré cette trahison même s’ils ont quand même accepté de cohabiter dans la majorité dirigée par Christophe Ferrari.

🎥 Invitée sur le plateau de TG+ ce jeudi, Laurence Ruffin donne son avis sur la Métropole en fin d’émission

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