La Chambre régionale des comptes a rendu un rapport accablant sur la gestion du Syndicat intercommunal à vocation multiple (SIVOM) du lac de Monteynard. Entre défaillances institutionnelles, anomalies financières et lacunes en matière de sécurité, l’organisme, pourtant à l’origine d’un site touristique majeur en Isère, peine à se réformer.
Créé en 1962, le SIVOM du lac de Monteynard et Avignonet a marqué l’histoire locale en installant les premières passerelles himalayennes d’Europe, attirant aujourd’hui plus de 400 000 visiteurs par an. Avec un budget annuel d’environ 600 000 euros et une capacité d’autofinancement de 100 000 euros, le syndicat pourrait sembler en bonne santé financière. Pourtant, la Chambre régionale des comptes (CRC) d’Auvergne-Rhône-Alpes, qui a inspecté ses comptes pour la première fois, dresse un constat sans appel : une gouvernance paralysée, des investissements négligés et une organisation défaillante.
Le rapport, rendu public le 3 juillet 2026 après une période de réserve liée aux élections municipales, révèle des dysfonctionnements profonds. Barbara Falk, présidente de la CRC, résume la situation en des termes sans équivoque : « Ce qu’on a vu nous a fait peur. » Les passerelles, par exemple, ne sont pas assurées contre les dommages causés par des tiers ou des risques naturels, et les opérations de maintenance préconisées après l’inspection de 2023 n’avaient toujours pas été réalisées en juin 2025.
Des finances « perfectibles » et des irrégularités criantes
La gestion financière du SIVOM est qualifiée de « perfectible » par les magistrats. Plus de 1,6 million d’euros d’investissements ont été engagés sans autorisation du comité syndical ni validation du comptable. Pire, les recettes de stationnement, qui représentent 60 % des finances du syndicat, ont été mal gérées : en 2021, des barrières de parking sont restées ouvertes en raison de problèmes techniques, entraînant une perte de 65 000 euros. En 2023, 130 000 euros ont été dépensés pour moderniser le système de stationnement du côté de Treffort, sans coordination avec l’autre rive du lac.
Les anomalies ne s’arrêtent pas là. Les actes du conseil syndical ne sont pas publiés, la commande publique ne respecte pas toujours les règles, et la gestion des ressources humaines est entachée d’irrégularités : contrats non conformes, rémunérations illégales, et un manque de transparence dans les recrutements et les attributions d’indemnités.
Une gouvernance bloquée par des clivages anciens
Le SIVOM, qui fédère 10 communes pour moins de 3 000 habitants, souffre de divisions internes persistantes. Les décisions stratégiques peinent à émerger, et les projets inscrits dans le schéma directeur 2019-2022, d’un montant prévisionnel de 4,2 millions d’euros, sont loin d’être concrétisés. Seul le môle de Savel, centre d’accueil du public, a été achevé, mais son coût a explosé, passant de la prévision initiale à un montant cinq fois supérieur, faute d’études préparatoires sérieuses.
La CRC souligne également l’absence de vision globale pour le site. Résultat : les équipements, vieillissants, sont entretenus dans l’urgence, et les enjeux de sécurité, cruciaux pour un site accueillant des activités sportives et touristiques à haut risque, sont sous-estimés. Les passerelles himalayennes, le bateau touristique La Mira, ou encore le camping de Treffort nécessitent des travaux urgents, tandis que l’accueil des visiteurs laisse à désirer : stationnements insuffisants, sanitaires trop peu nombreux, et une offre de restauration limitée. Aucun exercice d’évacuation n’a jamais été organisé, et le système d’alerte des usagers est jugée « inégal et insuffisant ».


Une réponse timide et des promesses de réforme
Richard Passelande, président du SIVOM depuis mars 2026, a répondu au rapport en reconnaissant les difficultés soulevées. Dans une lettre adressée à la CRC, il indique que certaines recommandations étaient déjà en cours de mise en œuvre sous les mandats de ses prédécesseurs. Il promet également de s’appuyer sur un cabinet spécialisé pour améliorer la gestion financière et comptable.
La préfecture de l’Isère, qui avait alerté la CRC en 2024, a réuni au lendemain de la communication de ce rapport, les acteurs concernés pour élaborer un plan d’action. « Un programme de travail sera précisé d’ici mi-juillet, avec une série de réunions en préfecture jusqu’au début 2027 », annonce-t-elle dans un communiqué. L’objectif : accompagner le SIVOM et les collectivités locales vers une gestion plus rigoureuse et plus adaptée aux enjeux du site.
