La nouvelle maire de Grenoble était l’invitée la semaine dernière de l’émission Le +. Après une première partie consacrée à la campagne, sa prise de fonction et les échanges tendus avec les oppositions, la deuxième partie de cette interview permet de passer en revue les projets que Laurence Ruffin compte démarrer dans les trois premiers mois de mandat.

Vous venez du monde des coopératives. Ce sont des entreprises qui ne se dirigent pas exactement comme les autres. Est-ce que vous allez diriger la mairie de Grenoble différemment de votre prédécesseur ? Quel va être le « style » Laurence Ruffin ?

Je souhaite garder la proximité qu’on a pu avoir avec les habitants pendant la campagne. J’ai aussi envie d’amener la coopération dans le fonctionnement municipal, avec les élus mais aussi avec les agents. On a décidé d’avoir un temps d’échange, fin mai, avec tous les agents de la ville pour présenter notre projet. On ouvrira aussi symboliquement l’hôtel de ville d’ici l’été, un samedi, pour que les Grenobloises et Grenoblois puissent venir le visiter et rencontrer les élus. On souhaite également proposer des référendums pendant le mandat, par exemple sur les grands aménagements. Le vote sera ouvert à partir de 16 ans pour les personnes qui habitent Grenoble, qu’elles soient françaises ou étrangères.

Pendant la campagne, vous aviez fait 33 propositions, pourquoi ce nombre ?

On a mis en avant 33 propositions pour 2033 année qui sera la dernière année du mandat. Mais au total, il y avait plus de 150 propositions dans le programme autour de nos trois piliers : coopérer, protéger, inventer.

Vous avez, tout de suite, mis une de ces propositions sur la place publique. C’est la création d’une brigade de réquisition des logements vacants. En quoi ça va consister ?

Le logement c’est un droit et ça ne doit pas être un outil de spéculation financière. Aujourd’hui, on a un nombre croissant de personnes sans domicile ou mal logées à Grenoble. Il est difficile d’accepter qu’en parallèle on ait des logements vides ou des structures publiques vides. L’idée de cette brigade est d’avoir des personnes dédiées qui identifient précisément les logements qui sont vacants depuis plus de deux ans pour ouvrir des discussions avec les propriétaires et comprendre pourquoi on est dans cette situation.

Mais si le problème ne se résout pas par la discussion, le maire n’a pas le pouvoir de réquisitionner de force un logement…

Il y a une proposition de loi qui a été faite et que l’on soutient pour faire en sorte qu’il y ait une possibilité de réquisition. Mais avant d’en arriver là, il y a quand même un chemin qui nous semble important à parcourir avec les propriétaires. Cela fait aussi partie des projets dont on doit discuter au niveau métropolitain.

Laurence Ruffin La +

Quels autres projets vont être lancés dans les prochains mois ?

La date du 14 juillet représente symboliquement la barre des 100 jours. On a prévu de lancer huit dossiers sur cette période. On va, par exemple, travailler sur un centre de santé à Saint-Bruno car la santé est un des axes forts qu’on a porté dans la campagne. Il y a aussi l’avenir du GHM qui nous préoccupe. La clinique mutualiste est en redressement judiciaire et on sera attentif à sa reprise pour que les habitants puissent continuer à accéder à des soins de qualité.

La sécurité fait aussi partie de vos priorités ?

Oui, le dossier est sur le haut de la pile. Notre premier déplacement avec l’ensemble des élus a été pour rencontrer les équipes de la police municipale. On a entamé aussi des discussions avec la préfète et le procureur pour une meilleure coordination sur Grenoble entre les différents acteurs de la prévention et de la répression. Je porte l’idée qu’on doit marcher sur nos deux jambes : faire de la prévention de façon forte avec les associations, le périscolaire, tout ce qui fait qu’on ne bascule pas et aussi un travail, tout aussi important, de sécurité et de répression qui est plutôt porté par la police nationale et complété par la police municipale. On va mettre en place une police municipale de quartiers comme c’est le cas aujourd’hui au village olympique.

Est-ce que le développement de cette police municipale va s’accompagner d’un développement de la vidéosurveillance ?

C’est un sujet qui fait partie des discussions. On souhaite faire un état des lieux des caméras qui sont aujourd’hui installées, celles qui fonctionnent, qui ne fonctionnent pas, qui sont utiles, qui sont inutiles, pour améliorer la situation en étant aussi attentif aux questions budgétaires et aux questions éthiques.

Vous parliez d’embaucher 50 policiers municipaux supplémentaires. VCela veut dire que vous allez réduire les dépenses dans d’autres domaines pour les financer ?

On a un travail budgétaire à faire de priorisation qui ne se limite pas à la question des policiers Il faut réfléchir aux endroits où l’on met des priorités et comment on réaffecte certains budgets. C’est un travail qui va s’entamer d’ici l’été pour présenter un projet de budget à l’automne. La situation financière de la ville est correcte mais on va subir à nouveau des baisses de dotation de l’Etat qu’on doit prendre en considération.

Est-ce que ça veut dire que vous pourriez augmenter les impôts ?

On a dit qu’on ne souhaitait pas augmenter la taxe municipale parce qu’il y avait déjà eu une hausse importante. On s’inscrit donc dans ce cadre budgétaire contraint. Mais on veut aussi aller chercher d’autres moyens complémentaires comme l’épargne citoyenne. Un grand nombre d’habitants ont envie que leur épargne soit utile. On l’a vu avec la Scop Duralex* qui a levé 20 millions d’euros auprès des Français qui avaient envie de soutenir cette entreprise . (* La verrerie emblématique du Loiret, reprise par ses salariés en juillet 2024, a lancé une levée de fonds auprès du grand public)

Comment fonctionnerait cette épargne citoyenne ?

Elle serait dédiée à des projets spécifiques, par exemple la construction. Il y a des coopératives d’habitat qui fonctionnent comme ça. L’investissement est sécurisé puisqu’on fait du logement et, en même temps, c’est utile. Si vous regardez l’autopartage à Grenoble, il a été conçu de façon collective avec les collectivités mais aussi les entreprises et les usagers. Finalement, c’est un financement commun qui permet de faire vivre ce service.

Puisqu’on parle de déplacement, votre proposition de gratuité des transports en commun le week-end va coûter aussi un peu d’argent à la collectivité…

Il y a plusieurs raisons qui font qu’on porte ce sujet. Il y a une question de changement de pratique. On sait que, lorsque c’est gratuit le week-end, on va plus facilement prendre les transports en commun et ça donne envie de le faire, ensuite, en semaine. C’est aussi une manière de faire vivre nos commerces parce que la gratuité le samedi c’est la possibilité pour plus de monde de venir faire ses courses dans le centre-ville. C’est aussi le moyen de faciliter l’accès à la montagne. On sait qu’on ne pourra pas le faire seul. L’expérience qui a été faite aujourd’hui à Grenoble de rembourser les abonnements de transports en commun ne fonctionne pas très bien. C’est donc un projet qu’on va porter au niveau de la métropole.

Pour un accès plus facile à la montagne, vous seriez favorable à une télécabine entre Grenoble et Chamrousse par exemple ?

Sur les questions de mobilité notre plan est d’abord de travailler sur les chrono-vélos pour aller vers les quartiers sud de la ville en particulier et d’avoir un plan piéton notamment près des quais de l’Isère qui sont encore assez peu aménagés. Sur l’accès à la montagne, on veut faciliter les vacances collectives pour les jeunes grenoblois car ce sont des lieux de sociabilisation et d’émancipation qui permettent de sortir de son cercle habituel.

Pour finir sur les déplacements, quelle est votre position sur le projet de Métro-câble initié par la majorité écologiste grenobloise avant qu’elle ne décide de bloquer sa réalisation ?

Je pense que ce n’est pas l’investissement qui permet d’optimiser l’amélioration des transports collectifs. Le rapport entre le coût et le nombre de personnes concernées n’est pas le meilleur par rapport aux autres investissements que nous pourrions faire en matière de déplacements. On a besoin d’augmenter les fréquences des transports en commun. Il y a aussi la question du RER métropolitain qui se pose.

👉 La suite de l’interview sera publiée ce jeudi : accueil des JO de 2030, projet de rendre l’Isère baignable, ouverture de la piscine Jean Bron l’hiver….

🎥 Retrouvez l’interview complète de Laurence Ruffin dans l’émission Le +

Partager cet article