Deux ans après les crues dévastatrices qui ont ravagé le hameau de La Bérarde dans la nuit du 20 au 21 juin 2024, le village emblématique de l’alpinisme isérois reste marqué par la catastrophe. Invité de l’émission « Le + », le maire de Saint-Christophe-en-Oisans, Laurent Soullier, a dressé un état des lieux de la situation et esquissé les perspectives pour l’avenir du site.
« Un véritable déchirement ». C’est ainsi que Laurent Soulier décrit encore aujourd’hui les événements qui ont frappé La Bérarde. Si les dégâts matériels ont été considérables, le maire rappelle avant tout l’absence de victimes, qu’il attribue à la réactivité des habitants, à leur connaissance du terrain et à l’engagement des services de secours.
La catastrophe résulte, selon les analyses scientifiques, d’une combinaison exceptionnelle de facteurs : de fortes précipitations, une fonte nivale importante et la vidange partielle d’un lac glaciaire situé au-dessus du village. Depuis, ce lac fait l’objet d’un suivi régulier. « Nous avançons dans la compréhension de cet événement », explique l’élu, qui souligne que le niveau du lac est actuellement en baisse.
Un village nettoyé mais toujours interdit de résidence
Deux ans après les inondations, le paysage de La Bérarde reste profondément transformé. Les gravats ont été évacués, plusieurs bâtiments ont été sauvés grâce à l’investissement des habitants et à un vaste élan de solidarité venu de toute la France. Mais le hameau demeure privé d’eau potable, d’électricité et d’assainissement.
« Le village est nettoyé, mais il reste beaucoup à faire », reconnaît Laurent Soullier. Les habitants sont autorisés à venir ponctuellement travailler sur leurs propriétés, mais il est toujours interdit d’y résider ou d’y passer la nuit.
Une économie touristique fragilisée
La catastrophe a également porté un coup sévère à l’économie touristique du Haut-Vénéon. Plusieurs refuges ont enregistré des pertes considérables. Certains ont vu leur chiffre d’affaires chuter de 85 % lors de la saison 2025.
Pour le maire, l’été 2026 constitue une étape décisive. « Revenez nous voir », lance-t-il aux visiteurs. Malgré les dégâts, les paysages de haute montagne restent accessibles et les activités de randonnée et d’alpinisme demeurent possibles.
Le dispositif de navettes mis en place en 2025 sera reconduit cet été, avec une fréquence renforcée. À partir de juillet, les visiteurs pourront rejoindre La Bérarde grâce à une quinzaine de rotations quotidiennes au départ du Bourg-d’Oisans. L’objectif est de relancer la fréquentation tout en maîtrisant les flux dans un environnement toujours fragile.
Des désaccords avec l’État sur l’avenir du site
La question de la réouverture complète du hameau reste toutefois au cœur des discussions. La préfecture privilégie une approche fondée sur la sécurité maximale, tandis que les habitants plaident pour un assouplissement progressif des restrictions lorsque les conditions météorologiques et glaciaires le permettent.
Laurent Soullier estime qu’un risque zéro est impossible à garantir en montagne. « Sinon, on coupe toutes les routes de montagne car elles sont sous la menace de chutes de pierres. Les habitants ont toujours vécu avec les menaces que représentent leur environnement naturel », rappelle-t-il, évoquant une « culture du risque accepté » transmise depuis des générations.
Pour autant, l’État demeure prudent tant que la compréhension du fonctionnement du glacier de Bonne-Pierre et de son réseau hydraulique sous-glaciaire n’est pas complète. Cette connaissance pourrait permettre, à terme, d’envisager des ouvrages de protection mais le coût estimé est un frein à leur réalisation.
Imaginer un nouveau chemin
Afin de définir l’avenir de la vallée, des « ateliers du territoire » doivent être lancés prochainement. Habitants, professionnels du tourisme, élus et services de l’État seront invités à participer à cette réflexion collective sur le devenir du hameau et du Haut-Vénéon.
Élu maire en mars dernier, Laurent Soullier assure vouloir travailler en concertation avec l’ensemble des acteurs concernés. « Personne ne pourra agir seul », affirme-t-il. « L’idée est de construire ensemble un avenir pour cette vallée. » Deux ans après la catastrophe, l’un des hauts lieux de l’alpinisme français cherche une nouvelle voie pour renaître.
🎥 Emission Le + avec Laurent Soullier sur l’avenir de La Bérarde.