À l’occasion de l’examen au Sénat du projet de loi sur la justice criminelle, les avocats du barreau de Grenoble ont intensifié leur grève. Lundi 13 avril, une journée «Justice morte» a fortement perturbé l’activité du tribunal judiciaire, avec le renvoi de la quasi-totalité des affaires civiles et pénales.

Mobilisées depuis le 1er avril, les robes noires dénoncent le projet de loi porté par le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, baptisé «Sanction utile, rapide et effective» (Sure). Réunis pour une conférence de presse à la Maison de l’avocat de Grenoble, les représentants du barreau ont affiché une opposition ferme à cette réforme, qu’ils jugent dangereuse pour l’équilibre de la justice. « Oui à une justice plus rapide, non à une justice expéditive » résume la bâtonnière Sandrine Fiat qui estime que cette réforme est hypocrite car « elle est présentée par le gouvernement comme étant au service des victimes alors qu’elle est surtout motivée par la réduction des coûts ».

La bâtonnière en profite pour rappeler quelques chiffres : « En France, on dispose de 11,6 juges professionnels pour 100 000 habitants contre 17,6 en moyenne dans les autres pays européens. 2,9 procureurs contre 11,2… » L’Etat consacre 0,2% de son PIB à la justice soit 30% de moins que la moyenne européenne (0,28%). « Ce projet de loi traite la saturation de la justice comme un problème de procédure faisant de l’avocat le responsable des délais alors que la justice est confrontée à un manque structurel de moyens pour fonctionner correctement » poursuit Sandrine Fiat.

David Roguet (vice-bâtonnier), Sandrine Fiat (bâtonnière) et l'avocat pénaliste Florent Girault
Le vice-bâtonnier David Roguet, la bâtonnière Sandrine Fiat et l’avocat pénaliste Florent Girault lors de la conférence de presse

Pour les avocats grenoblois, cette évolution remet en cause les fondements mêmes de la justice pénale comme le souligne le vice-bâtonnier David Roguet : « notre justice pénale repose sur le débat où la victime peut parler et la défense peut contester. Le plaider-coupable en matière criminelle c’est une procédure où il n’y a plus de procès, plus de débat public. On va négocier une peine en quelques heures dans un bureau. Moi je défends une vision de la justice qui prend son temps, qui écoute et qui doute avant de trancher. »

Les avocats grenoblois ont reçu le soutien de la députée de Grenoble Elisa Martin. Membre de la commission des lois, l’élue de La France Insoumise s’oppose également fermement à cette réforme : « Jamais on aura autant muselé les victimes si cette loi passe ». Reste à savoir ce que vont décider les autres parlementaires. L’examen au Sénat se poursuit ce mardi. Aucune date officielle de débat à l’Assemblée nationale n’est encore annoncée mais le gouvernement espère faire adopter cette loi avant l’été.

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