Le tribunal administratif de Grenoble a annulé, ce lundi 21 juillet, l’obligation de quitter le territoire français (OQTF) prononcée contre l’influenceur algérien Imad Ould Brahim, alias Imad Tintin. 

Une OQTF annulée : les droits familiaux d’Imad Ould Brahim reconnus

Le 21 juillet 2025, le tribunal administratif de Grenoble a annulé l’obligation de quitter le territoire français (OQTF) émise par la préfecture de l’Isère le 5 janvier 2025 à l’encontre d’Imad Ould Brahim, né en Algérie et arrivé en France en 2021. L’influenceur, connu sous le pseudonyme Imad Tintin, avait été visé par cette mesure pendant qu’il était en garde à vue dans une autre procédure pénale.

Maître Alexandre Rouvier, son avocat, a salué cette décision juridique fondée sur le droit, soulignant que son client était dans l’attente depuis janvier. L’argument clé : Imad Ould Brahim est père d’une fille née le 14 décembre 2024, de nationalité française. Une demande de titre de séjour pour «vie privée et familiale» avait été déposée le 29 décembre 2024, soit une semaine avant l’OQTF.

Selon les accords bilatéraux franco-algériens, un ressortissant algérien parent d’un enfant français mineur résidant en France bénéficie de plein droit d’un certificat de résidence, à condition d’exercer l’autorité parentale, ce qui est ici le cas.

Le tribunal a estimé que la préfecture aurait dû tenir compte de cette demande de régularisation en cours avant de prononcer l’expulsion. Il a donc ordonné une réévaluation du dossier dans un délai de trois mois, et la délivrance d’une autorisation provisoire de séjour sous huit jours. Cette décision n’est pas encore définitive, la préfète dispose d’un délai d’un mois pour faire appel mais devra exécuter la décision nonobstant l’appel.

Procès pénal : des accusations de terrorisme requalifiées en simple contravention

Parallèlement à la procédure administrative, l’affaire Imad Tintin a d’abord été très médiatisée en raison de ses premières qualifications pénales. Le 6 janvier 2025, Imad Ould Brahim comparaissait devant le tribunal correctionnel de Grenoble, poursuivi pour «provocation directe à un acte de terrorisme via un service de communication en ligne», un délit lourdement réprimé (jusqu’à 7 ans de prison).

Mais les traductions successives de la vidéo TikTok à l’origine des poursuites ont profondément modifié l’analyse des faits. Une expertise finale, ordonnée par le tribunal et présentée le 23 mai 2025, a conduit le parquet à demander une requalification.

Le 10 juin, les juges ont requalifié les propos en « menaces de violences », une contravention de 3e classe. Imad Ould Brahim a ainsi été condamné à une peine symbolique, 450 euros d’amende, bien en-deçà des réquisitions initiales du parquet, qui a d’ailleurs fait appel de cette décision. La cour a écarté l’accusation de «menace de crime ou de délit contre les personnes», soulignant le caractère exagéré des premières traductions qui avaient influencé l’émotion publique et politique.

Les premières versions suggéraient des appels à «brûler vif, tuer et violer sur le sol français». Or, la dernière expertise indique que les propos menaçants visaient en réalité des opposants au régime algérien, et non la France ou ses habitants.

Une affaire politisée, une justice indépendante

Pour Me Rouvier, cette affaire démontre « que la justice a su rester indépendante malgré la pression politique ». Il a aussi fustigé « l’emballement médiatico-politique » autour des propos tronqués de son client. Celui-ci a passé deux mois en détention provisoire pour des faits qui relèvent aujourd’hui d’une simple infraction contraventionnelle.

L’avocat envisage désormais de demander réparation pour les préjudices subis par son client, à l’issue du délai d’appel laissé à la préfecture

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