Malgré une saison conclue sans trophée majeur, les Brûleurs de Loups ont vibré sur tous les fronts. Entre épopée européenne, désillusions nationales et décisions fortes en interne, le président Jacques Reboh nous livre un bilan sans détour ni lange de bois. Sur le plateau de notre émission Le + il esquisse déjà les contours de la prochaine saison.

Une saison « blanche » qui ne passe pas

Finalistes de la Coupe de France et de la Ligue Magnus, qualifiés en huitièmes de finale de Coupe d’Europe… ailleurs, le bilan ferait des envieux. À Grenoble, il laisse un goût amer.
« Finir second, c’est toujours une frustration », tranche Jacques Reboh. « Avec un effectif taillé pour gagner et des débuts prometteurs, c’était plein de promesses, mais qu’on n’a pas pu tenir. »

La dernière image de la saison résume un constat d’impuissance : Bordeaux soulevant la Coupe Magnus sur la glace grenobloise. « Une double frustration, celle de perdre le trophée et de le perdre à domicile. »

Bordeaux sacré, Grenoble piégé par une saison marathon

Le président reconnaît sans détour la supériorité du nouveau champion : « Une belle équipe, un titre très mérité qu’ils sont venus chercher sur notre glace. »
Mais Grenoble a payé cher l’enchaînement des compétitions : près de 80 matchs disputés, des blessures, des suspensions et une équipe diminuée en finale. « Il nous manquait quasiment huit joueurs. Ce ne sont pas des excuses, mais des constats. »

La forme du moment aura fait la différence. « Il faut être prêt au moment clé. Nous, on ne l’a pas été, après une demi-finale en 7 matchs rappelons-le. » Dans une Ligue Magnus plus ouverte que jamais : « Nous avions trois leaders, Rouen, Angers et nous… Bordeaux devient un vrai challenger !« 

L’épopée européenne, tournant de la saison

C’est sur la scène continentale que Grenoble, champion de France en titre, a d’abord brillé. Et comment : victoires face à Lausanne, Berlin, des matchs au prestigieux Sparta de Prague… et une qualification historique en play-offs : « On a fait trembler Frölunda – vainqueur de cette CHL – en Huitièmes jusqu’au dernier moment. On a passé une étape. On a gagné du respect en Europe, nous sommes sollicités par de nombreux très bons joueurs, invités dans de nombreux tournois… C’est là-dessus qu’on doit s’appuyer même s’il reste beaucoup de travail. »

Mais cette aventure a laissé des traces. « On a laissé beaucoup d’énergie, d’émotions, d’adrénaline. C’est ce qu’on a payé en fin de saison. »
Un paradoxe assumé : « Chaque match est un nouveau défi, et on l’a mal négocié sur les finales. »

Coupe de France : « On n’était pas là »

La défaite en finale contre Rouen (6-1) reste un autre point noir. « Nous ne nous sommes pas présentés. Rouen a présenté une belle copie. Et nousil nous manquait cette énergie pour aller chercher ce match, et on s’est retrouvé dans un environnement plutôt hostile. » Un constat lucide : « C’est un match à vite oublier. »

Le changement assumé d’entraîneur

Dans la foulée, le club se sépare de l’entraîneur Per Hanberg. Une décision, pour beaucoup, surprenante à l’époque, mais que Jacques Reboh assume pleinement. « C’était le fusible dans cette situation. Il fallait un électrochoc, pour donner une nouvelle dynamique à l’équipe. J’ai beaucoup de respect et de considération pour Per qui nous a emmenés vers de très belles victoires, mais je ne pouvais pas changer 10 ou 20 joueurs. »

Le président insiste : il ne s’agit pas d’un coup de tête. «Il y a toute une vie de vestiaire que je suis de près, je fais les déplacements avec les joueurs… c’était un choix mesuré. La confiance n’était plus là, j’ai sondé les joueurs, il fallait qu’il se passe quelque-chose et c’est la décision que j’ai prise. La passion du sport oblige à des décisions brutales, la fenêtre d’action n’était que de 15 jours. Si c’était à refaire, je reprendrais la même décision. Ça n’a pas fonctionné à la hauteur de nos attentes mais nous avons pu, dans ce contexte, atteindre la finale de cette compétition avec de gros adversaires… »

Un intérim assuré par Edo Terglav et le staff interne (Julien Baylacq et Alexandre Rouillard), avant une nouvelle étape : « Nous sommes aujourd’hui à la recherche d’un nouvel entraîneur. »

Affaire Crinon : polémique, impact sportif et avenir en suspens

Le cas Pierre Crinon a marqué la saison, entre bagarre, mise à l’écart des Bleus par la FFHG aux JO de Milano-Cortina, et suspensions à répétition. Un emballement que Jacques Reboh reconnaît mais le président rappelle le contexte particulier d’un sport de contact et de tensions accumulées.

« La bagarre fait partie du hockey et de son histoire, mais elle était d’une violence incroyable. Mais c’était dans un contexte particulier, le gardien O’Connor qui provoquait l’ensemble du collectif mais aussi les autres équipes, c’était une sorte de ras-le-bol. Pierre a dégoupillé, je le regrette profondément. Les chahutages font partie du hockey je le rappelle mais là on est allé au-delà du simple chahutage, ce n’est pas ce que je souhaite voir dans notre patinoire. On verra ce que dira la Justice – en novembre – dans cette situation, et j’espère qu’on restera dans le sport car c’est dans le cadre du sport que cette bagarre a eu lieu. »
Avec près de vingt matchs manqués, l’absence du défenseur a pesé : « C’est un joueur à fort impact qui nous a manqué sur cette saison qui n’a jamais été sereine. »

Quant à son avenir, il reste incertain. Un départ à l’étranger peut être envisagé, mais rien n’est acté : « Pierre s’interroge sur la suite, on n’a pas encore sa position car effectivement il a été beaucoup décrié, il est souvent dans l’oeil du cyclone, il peut être intéressant pour lui d’aller voir à l’étranger ce qu’il s’y passe. Ou alors avec nous l’année prochaine ! Nous verrons comment écrire la suite de l’histoire avec lui. »

Une popularité jamais démentie

Malgré les frustrations sportives, le club continue de séduire. Avec près de 95% de matchs à guichets fermés ! « Environ 140 000 spectateurs cette saison, avec plus de 4 000 personnes par match. C’est une affluence record. »

Un soutien essentiel dans un modèle économique dépendant quasi exclusivement du public : « Ce sont eux qui nous font vivre. À nous de continuer à les faire rêver et leur donner des émotions. »

Un effectif à reconstruire, des cadres, une belle signature en vue

Plusieurs départs sont actés ou envisagés, mais l’ossature restera. «Quelques joueurs en fin de carrière souhaitent rentrer chez eux. Pour d’autres, nous n’avons pas souhaité continuer l’aventure. »
Le club, qui a déjà acté le départ de l’ancien gardien n°1 Jakub Stepanek, d’Adel Koudri, Martin Karlsson, Fredric Weigel, Rudy Matima, Pontus Englund et Théo Gueurif, travaille beaucoup en coulisses : « On a de très beaux contacts. Une belle signature pourrait arriver rapidement. »

Quant aux cadres, Deschamps, Beauchemin, Boivin, Pintaric (confirmé hier) : « Tous ceux-là resteront avec nous la saison prochaine. Il reste un doute sur Alexandre Mallet, on discute avec lui. »

Après une saison intense et contrastée, le cap est clair. « Nous sommes face à nos responsabilités. Il faut tirer les conclusions et repartir à la conquête. » Avec un mot d’ordre : transformer les frustrations en moteur. Et si l’histoire se répète, c’est plutôt bon signe…

Le Président des Brûleurs de Loups Jacques Reboh s'adresse aux joueurs et supporters

Retrouvez ici notre interview en intégralité

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