Nicolas Keramidas, un dessinateur de BD du coin-coin

Le dessinateur grenoblois Nicolas Keramidas revisite l’univers Disney avec humour et modernité. Son nouvel album, Picsou et les Bit-Coincoins, publié aux éditions Glénat, plonge le célèbre avare de Donaldville dans l’ère de l’argent numérique.

 De Mickey à Picsou, une évolution naturelle

Lorsque Nicolas Keramidas évoque son parcours dans l’univers Disney, il sourit : « Au départ, je pensais que Mickey, c’était le personnage universel, celui que tout le monde aimait. » Pourtant, au fil des dédicaces, il découvre que le public s’identifie davantage à des figures plus faillibles : « En réalité, on est tous un peu Donald ou Picsou. Râleurs, têtus, mais attachants. »

Après Mickey’s Craziest Adventures et Donald’s Happiest Adventures, la suite logique s’imposait. Le dessinateur isérois voulait rendre hommage au troisième pilier du trio : Picsou, symbole intemporel de réussite et de cupidité. « Les lecteurs réclamaient sans arrêt Picsou, alors on s’est dit : on ne peut pas le laisser dans un coin. »

Une rencontre décisive avec Jul

Pour ce nouveau projet, Keramidas collabore pour la première fois avec Jul, le célèbre auteur de Silex and the City et scénariste de Lucky Luke. Leur partenariat, initié presque par hasard, est devenu une évidence. « On s’est croisés lors d’un festival à l’Alpe d’Huez, raconte Keramidas. L’éditeur Jacques Glénat plaisantait en disant : “Jul, tu devrais écrire un Disney pour Nicolas !” Jul avait d’abord décliné, mais quelques mois plus tard, on s’est retrouvés côte à côte à Angoulême. Là, il m’a lancé : “J’ai une idée : ce sera Picsou, et ça s’appellera Picsou et les Bit-Coincoins.” »

En trois heures de discussion, le concept était né. Jul imaginait un scénario autour de l’argent dématérialisé, un cauchemar pour le canard milliardaire habitué à plonger dans sa piscine de pièces d’or. Keramidas, séduit par l’idée, appelle aussitôt Glénat : le contrat pouvait être préparé.

 Plonger Picsou dans le monde moderne

Avec Picsou et les Bit-Coincoins, les auteurs ancrent le personnage dans une époque où les cryptomonnaies et la dématérialisation bouleversent la notion même de richesse. Exit les coffres pleins de doublons : place aux portefeuilles virtuels et aux transactions numériques.

Pour Keramidas, l’objectif n’était pas seulement de moderniser l’univers, mais de créer une double lecture : une aventure drôle et rythmée pour les enfants, et un sous-texte malin pour les adultes. « Je pense souvent à Shrek, explique-t-il. C’était la première fois qu’un film d’animation proposait deux niveaux de lecture. C’est ce qu’on essaie de faire ici : divertir tout le monde, sans prendre les enfants pour des idiots. »

Les fans retrouveront les personnages classiques : Riri, Fifi et Loulou, devenus influenceurs connectés ; Donald, fidèle à lui-même ; et bien sûr, les Rapetou, toujours à l’affût d’un mauvais coup. Un nouveau méchant, inspiré des milliardaires modernes façon Elon Musk, viendra pimenter le récit.

Des codes Disney… et une vraie liberté

Dessiner pour Disney suppose de respecter certaines règles : pas de violence, pas d’armes, pas de cigarettes. Pourtant, cette discipline stimule l’imagination de Keramidas. « Disney nous prête ses jouets » dit-il. « À nous de jouer avec, sans les casser. » Les équipes américaines laissent une belle marge de manœuvre aux artistes européens, notamment ceux de Glénat. «Ils ne sont pas là pour censurer, mais pour accompagner. Si une scène pose problème, on cherche ensemble la bonne solution.» Cette liberté contrôlée permet à Keramidas et Jul d’insuffler une énergie contemporaine tout en respectant l’esprit du canard le plus célèbre du monde.

Une touche grenobloise et un clin d’œil à Invader

Au détour des pages, les lecteurs attentifs remarqueront quelques mosaïques pixelisées, référence directe à Invader, le street-artiste mondialement connu dont 57 œuvres ornent les murs de Grenoble. Keramidas, passionné par son travail, s’amuse à glisser ces symboles dans ses planches : « C’est un petit plaisir personnel, une manière de relier mes deux univers. » . Déjà auteur d’un album autobiographique sur sa chasse aux Invaders, Keramidas poursuit cette passion en parallèle de la BD. Il avoue même qu’un tome 2 pourrait voir le jour un jour : « C’est une aventure sans fin. »

Et après ? D’autres canards en vue

Le dessinateur et Jul ne comptent pas s’arrêter là. Le scénariste alterne entre Lucky Luke et Picsou, et le duo imagine déjà une suite. « Jul voudrait faire un Picsou une année sur deux. Ça me va très bien : cela me laisse du temps pour d’autres projets », confie Keramidas. Avec un univers aussi foisonnant, les pistes sont nombreuses : Gontran Bonheur, Miss Tick, ou même de nouveaux héros à bec. « Il y a de quoi faire tout un monde, dit-il en riant. C’est un univers… très riche ! »

 

🎥 Retrouvez ici l’interview de Nicolas Keramidas dans l’émission « Le + » 

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