Deux sœurs dénoncent une manœuvre électorale impliquant un colistier de Laurence Ruffin au détriment de leur autre sœur, une dame de 87 ans souffrant de perte de mémoire immédiate. Le camp d’Alain Carignon annonce le dépôt d’une plainte pour abus de faiblesse.

Le premier tour des élections municipales à Grenoble a été marqué par un incident singulier au bureau de vote n°5 de Paul Painlevé. Dimanche dernier, vers 15h, les trois sœurs Emma, Mathilde et Thérèse se sont présentées pour accomplir leur devoir citoyen. Mais au moment de signer l’émargement, Thérèse, 87 ans, se voit opposer une fin de recevoir. « Ils ont dit : « Ah mais, on a déjà voté pour vous ce matin » », rapporte sa sœur Mathilde.

Abasourdies, les sœurs découvrent après vérification en mairie qu’une procuration aurait été établie au nom d’un tiers. L’individu désigné comme mandataire serait Thibault Martin, 29 ans, juriste et colistier en 38ème position sur la liste de Laurence Ruffin. Un nom totalement inconnu des sœurs de Thérèse.

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Un profil de vulnérabilité au cœur du dossier

Le caractère litigieux de cette procuration reposerait sur l’état de santé de Thérèse. Résidente dans un établissement spécialisé, l’octogénaire souffre de troubles neurologiques importants depuis une décennie. « Elle a des signes cognitifs, c’est-à-dire la perte de mémoire immédiate », explique Clément Chappet, 5ème sur la liste Réconcilier Grenoble, menée par Alain Carignon

Me Thierry Aldeguer, avocat et également membre de la liste d’Alain Carignon, pointe une impossibilité juridique et médicale : « Il faut qu’elle ait une faculté de discernement suffisante. Or, elle n’a pas cette faculté […] elle ne pouvait pas donner en toute conscience une procuration pour voter à l’égard de cette personne qu’elle ne connaît pas ». De plus, Thérèse serait placée sous régime de protection (tutelle) depuis novembre 2025, une mesure qui n’aurait pas été notifiée ou respectée lors de l’établissement de l’acte électoral incriminé.

Une rencontre fortuite au QG d’Alain Carignon

L’affaire a pris une dimension politique suite à une démarche spontanée de Mathilde, sœur de Thérèse, le lendemain du scrutin. Se sentant démunie face à l’administration, elle s’est tournée vers des connaissances personnelles : « Lorsque j’ai quitté l’EHPAD hier, j’étais complètement désemparée étant donné que j’ai des amis ici (au QG de campagne d’Alain Carignon) », explique-t-elle. C’est en venant chercher conseil auprès de ses proches que le lien avec la liste concurrente aurait été établi.

Clément Chappet confirme que la lumière a été faite par hasard lors de cette visite : « C’est Madame hier, qui est passée ici pour expliquer sa situation. Le nom de Thibault Martin m’a évoqué quelque chose et c’est là qu’on a compris. Si Madame n’était pas venu, ça passerait peut-être complètement sous les radars. »

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Le clan Carignon dénonce un possible « système organisé »

Au-delà de ce cas individuel, les soutiens d’Alain Carignon s’interrogent sur l’existence d’une pratique plus vaste au sein de la ville. La directrice de l’EHPAD où réside Thérèse aurait d’ailleurs signalé l’irrégularité, précisant que cette procuration n’était pas passée par les registres officiels de l’établissement. « C’est passé sous les radars de l’établissement », note Clément Chappet, qui redoute une « altération du scrutin » si de tels faits s’avéraient généralisés.

L’avocat Thierry Aldeguer fustige une situation qu’il juge « scandaleuse » et annonce des poursuites imminentes : « Je vais saisir le Procureur de la République dès aujourd’hui […] et écrire à la mairie pour invalider, évidemment, cette procuration ». L’objectif affiché est d’empêcher que le mandataire puisse voter à nouveau lors du second tour prévu dimanche 22 mars.

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Une enquête pour faire la lumière

Pour l’heure, la défense de Thérèse repose sur le témoignage de ses sœurs, qui insistent sur le fait qu’elles ont toujours voté ensemble : « Nous habitons le même immeuble […] on s’est rassemblées dans nos vieux jours ». Elles n’excluent pas qu’une manœuvre ait pu être effectuée directement dans la chambre de leur sœur, à son insu.

Si la justice administrative ne pourra être saisie qu’une fois l’élection acquise pour un éventuel recours électoral, la plainte pénale pour « abus de faiblesse » et « faux en écriture » devrait être déposée rapidement. Les parties prenantes demandent désormais des explications à Thibault Martin et à sa tête de liste, Laurence Ruffin, afin de lever les doutes sur la sincérité du scrutin grenoblois.

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