Dix jours après la mort de Quentin Deranque tué dans une bagarre de rue contre des militants anti fascistes, une enquête de Mediapart révèle que la victime faisait partie d’un groupuscule identitaire isérois récemment créé.

Selon le média en ligne, souvent très bien informé, Quentin Deranque était l’un des fondateurs d’Allobroges Bourgoin, un groupuscule identitaire lancé en mai 2025 à Bourgoin-Jallieu. Le collectif, composé d’une petite dizaine de jeunes hommes, affiche une ligne nationaliste assumée. Dans un communiqué publié sur Instagram, les fondateurs affirment vouloir œuvrer pour « la défense du peuple français dans toute sa réalité, à la fois charnelle et culturelle », dénonçant « l’effacement de son identité dans son propre pays ». Face à ce qu’ils qualifient d’« absence de réactions concrètes des partis politiques », ils disent vouloir « agir au niveau local pour permettre aux Berjalliens déterminés de défendre leur peuple ».

Présent à un défilé annuel de l’ultra-droite

Toujours selon l’enquête de Mediapart, cinq membres du groupuscule s’étaient rendus à Paris en mai dernier pour participer au défilé annuel du Comité du 9 Mai, un rassemblement de l’ultradroite qui rassemble diverses mouvances nationalistes où les références au Troisième Reich et à l’idéologie néonazie sont régulièrement pointées par les observateurs. Le média publie un photo de Quentin au sein du défilé en mai 2025.

défilé d'ultra droite avec Quentin Derranque
Quentin Deranque serait le jeune homme masqué en pantalon beige au centre de la photo – Crédits : Exif-Recherche

Quelques semaines plus tard, le jeune homme et plusieurs membres d’Allobroges Bourgoin auraient également participé à un week-end organisé dans les Alpes par l’Active Club Dauphiné. Ce mouvement, connu des autorités, s’inscrit dans la mouvance des « Active Clubs », réseaux identitaires prônant l’entraînement aux sports de combat et rassemblant des militants suprémacistes blancs. On a appris également qu’un de ses meilleurs amis, Vincent Claudin, attaché parlementaire de la députée RN Lisette Pollet, a été « viré » en urgence ce mercredi par l’élue après l’exhumation par Médiapart de tweets pro-Hitler, racistes et antisémites…

Des hommages qui suscitent la controverse

Alors que ces éléments alimentent les interrogations sur le parcours idéologique du jeune homme, certaines institutions ont néanmoins choisi de lui rendre hommage. À Lyon, la Région Auvergne-Rhône-Alpes a affiché son portrait sur la façade de son siège. Une décision qui a provoqué la colère du conseiller régional grenoblois Stéphane Gemmani (PS). Dans un communiqué, il déclare : « La douleur d’une famille mérite respect et empathie. Quentin est mort à 23 ans, et aucune vie ne devrait s’arrêter ainsi. Compatir au deuil n’oblige pas à transformer un militant d’extrême droite en figure à honorer. Un hommage institutionnel engage toute la Région. Instrumentaliser ce drame pour envoyer des signaux politiques n’engage pas tous les conseillers. La Région n’a pas à parler en mon nom. »

Dix jours après les faits, l’enquête judiciaire se poursuit pour déterminer les circonstances exactes de la rixe mortelle. Les obsèques de Quentin ont eu lieu ce mardi à Lyon.

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