Explorer un cerveau, une prostate, un foie ou un placenta en trois dimensions, du niveau global jusqu’aux cellules : c’est désormais possible grâce à un nouveau portail scientifique en accès libre. Sorte de « Google Earth » des organes humains, développé notamment au European Synchrotron Radiation Facility, l’ESRF, cet atlas interactif permet de naviguer à travers des images 3D d’une précision inédite.
Une équipe internationale de scientifiques et de cliniciens vient de mettre en ligne un portail inédit permettant d’explorer des organes humains entiers avec un niveau de détail exceptionnel. Le projet, présenté dans la revue Science Advances, offre une navigation interactive à travers différents organes du corps. Baptisé Human Organ Atlas, ce programme rassemble certaines des images 3D les plus détaillées jamais produites d’organes humains. Les utilisateurs, chercheurs, médecins, enseignants, étudiants et grand public, peuvent ainsi explorer le cerveau, le cœur, les poumons, les reins ou encore le foie directement depuis un navigateur web, sans logiciel spécifique. « Pour créer cet atlas, nous avons réuni une équipe internationale et pluridisciplinaire de scientifiques et de médecins issus de neuf instituts à travers le monde », explique Peter Lee, professeur à University College London. « Ce regroupement continue de s’élargir et contribue à de nouvelles avancées dans la compréhension de nombreuses maladies. »
Une technologie développée à Grenoble
Cet atlas repose sur une technique d’imagerie avancée appelée HiP-CT, mise au point notamment au synchrotron européen de Grenoble. Cette méthode utilise la puissance du dispositif ESRF-EBS, dont la luminosité est jusqu’à 100 milliards de fois supérieure à celle des scanners hospitaliers classiques. Grâce à cette technologie, les chercheurs peuvent scanner des organes humains entiers de manière non destructive, puis zoomer progressivement jusqu’à atteindre une résolution quasi cellulaire. « Dès le départ, nous voulions que ces données soient accessibles à tous et construire une infrastructure scientifique ouverte et partagée à l’échelle mondiale », souligne Paul Tafforeau, chercheur à l’ESRF et pionnier de la technique d’imagerie utilisée pour créer l’atlas.

Credits: ESRF/vuedici.org

Credits: ESRF/Stef Candé
Une avancée pour comprendre les maladies
La technique a déjà permis plusieurs découvertes importantes. Développée initialement pendant la pandémie de COVID-19, elle a notamment révélé des lésions vasculaires microscopiques jusque-là invisibles dans les poumons de patients décédés. Les chercheurs l’utilisent également pour mieux comprendre certaines maladies cardiaques ou des troubles gynécologiques, en analysant l’organisation interne des tissus à différentes échelles. « Les données issues de cet atlas nous apportent des informations précieuses sur la pathogenèse de certaines maladies », explique Judith Huirne, professeure de gynécologie à Amsterdam UMC. « Ces connaissances sont essentielles pour combler les lacunes actuelles et mieux comprendre certaines pathologies. »
Un outil pour la recherche, l’IA et l’enseignement
L’atlas rassemble aujourd’hui des dizaines d’organes et plusieurs centaines de jeux de données en trois dimensions. Certains fichiers atteignent plusieurs centaines de gigaoctets, voire plusieurs téraoctets pour les plus volumineux. Au-delà de la recherche biomédicale, ces données pourraient aussi servir à développer des modèles d’intelligence artificielle. « L’Atlas des organes humains est une ressource extraordinaire qui continuera de s’enrichir », souligne Claire Walsh, directrice du Human Organ Atlas Hub à University College London. Pour l’enseignement aussi, les perspectives sont importantes. « Les étudiants peuvent explorer les organes en 3D, parcourir des coupes anatomiques et zoomer jusqu’aux détails internes des tissus », explique Alexandre Bellier, professeur d’anatomie au CHU Grenoble Alpes. « Cela transforme l’apprentissage de l’anatomie, qui passe d’une description statique à une découverte interactive. »