Jusqu’à samedi, les écologistes installent leur université d’été à Grenoble. « A chaille mais tchoukar ! » comme il est indiqué sur la couverture d’un livret d’accueil qui ne cite pourtant jamais le nom de celui qui a dirigé la première grande ville écologiste de France. Une erreur d’inattention ?

En choisissant Grenoble, le parti Les Ecologistes a décidé d’établir durablement ses traditionnelles journées d’été dans la capitale des Alpes. Jusqu’en 2028, au moins. Il faut dire que la ville est devenue la vitrine de l’écologie politique. La seule en France à avoir eu un maire écolo pendant 12 ans. Le livret d’accueil destiné aux 2000 participants annoncés met d’ailleurs en avant les réalisation phares des deux derniers mandats en matière de déplacements, de démocratie participative ou d’avancées sociales.

Laurence Ruffin, qui a pris le relais depuis cinq mois à la tête de la ville mais qui n’est pas adhérente du parti, y va de son mot de bienvenue, comme les responsables locaux, départementaux et régionaux du mouvement. Mais pas une fois le nom d’Eric Piolle n’est cité ! Il ne figure pas non plus dans la longue liste des intervenant qui vont animer les nombreux ateliers (63) prévus pendant ces trois jours.

L’édito d’Eric Piolle « oublié » dans le livret d’accueil

On a peut-être l’esprit mal tourné mais on a trouvé ça bizarre que le premier maire écologiste d’une grande ville française ne soit pas mis, un tant soit peu, en avant quand son parti, dont il est devenu le porte-parole en avril 2025, décide de choisir sa ville pour organiser sa rentrée politique.

Contacté, Eric Piolle confirme « cette petite tendance à l’effacement » qu’il a également ressentie. Pour preuve, l’édito de bienvenue qu’il avait rédigé pour l’occasion est « tombé trop bêtement du livret d’accueil avant sa parution… ». Pour qu’il n’ait pas été écrit pour rien, on le publie donc en exclu.

edito eric piolle / jounées d'été des ecologistes (non publié)

Pas de sentiment dans une campagne présidentielle

Alors que le parti appelle à « l’union sacrée de toute la gauche sans exclusivité » pour gagner l’élection présidentielle, la façon de faire peut paraître surprenante vis-à-vis d’un élu de son propre camp qui s’était porté candidat, il y a cinq ans, à cette même élection présidentielle. Et si c’était ça, finalement, le pourquoi du comment ?

En 2021, au moment de la primaire des écologistes, Eric Piolle avait choisi une jeune militante pour diriger sa campagne : Marine Tondelier. Cinq ans plus tard, la jeune militante (qui aura 40 ans dimanche) a fait du chemin puisqu’elle dirige le parti et est, à son tour, candidate pour la fonction suprême. Et dans cette élection ultime, on sait bien qu’il n’y a pas de place pour les états d’âme ni les sentiments.

L’an dernier, Marine Tondelier, qui affutait déjà son ambition présidentielle, a oeuvré en coulisses avec ses proches pour empêcher l’un de ses concurrents potentiels, Eric Piolle, de prendre des fonctions au sein du parti. Elle a, par exemple, soutenu un candidat peu connu, Guillaume Hédouin, dans le duel qui l’opposait au maire de Grenoble pour devenir porte-parole national, un rôle qui nécessite une certaine habitude des médias.

L’affaire des 400 euros remise en avant par Les Ecologistes

Les militants n’ont pas suivi leur cheffe et ont voté pour Eric Piolle. Qu’à cela ne tienne, le maire de Grenoble a été suspendu de cette fonction importante quelques mois plus tard. Les dirigeants ont mis en avant l’enquête pour « concussion » et « recel de délit » le concernant pour justifier cette décision. Le dossier était pourtant déjà sur la place publique au moment du vote.

Cette affaire, initiée par un article du Canard Enchaîné en juin 2024, évoque un possible arrangement conclu en 2017 entre Eric Piolle et sa première adjointe de l’époque Elisa Martin – devenue depuis députée LFI de Grenoble – pour lui octroyer illégalement 400 euros d’indemnités supplémentaires chaque mois.

La justice a effectivement ouvert une enquête suite à la publication de cet article mais, à ce jour, elle n’a abouti sur aucune mise en cause ni condamnation. Seul, finalement, le parti dirigé par Marine Tondelier a sanctionné son adhérent emblématique en le suspendant de ses fonctions. Pas sûr donc que les deux anciens amis participent bras-dessus, bras-dessous à ces journées d’été grenobloises.