À Roybon, les habitants ont célébré les 120 ans de leur étonnante statue de la Liberté. Inaugurée en septembre 1906, cette réplique de près de trois mètres cache une histoire intimement liée à la vie politique iséroise.
Elle domine la place Saint-Romme depuis 120 ans et surprend toujours les visiteurs de passage. Vendredi 25 septembre, Roybon a célébré l’anniversaire de sa Statue de la Liberté en costumes d’époque. Un anniversaire qui permet de replonger dans l’histoire singulière de ce monument devenu l’un des emblèmes de la commune.
Un hommage à Henri Saint-Romme
L’histoire débute au début du XXe siècle et n’a, à première vue, pas grand-chose à voir avec New York. En 1904, la France est profondément divisée entre républicains et catholiques. Dans l’Isère, le sénateur Mathias Saint-Romme prépare sa réélection. Son ami Jean Perraud, maire de Roybon, constitue le Comité d’action et de défense républicaine du canton et propose d’ériger sur la place centrale du village un monument à la mémoire du père du sénateur, Henri Saint-Romme.
Décédé quarante ans plus tôt, ce dernier a été l’une des figures politiques iséroises du XIXᵉ siècle. Parlementaire et procureur général près la cour d’appel de Grenoble, Henri Saint-Romme s’était notamment opposé à Napoléon III. Le monument doit donc célébrer son engagement républicain et laïc.
Une souscription est lancée le 28 août 1904. Le projet prévoit un piédestal en pierre de l’Échaillon, deux fontaines ainsi qu’un bas-relief en bronze représentant Henri Saint-Romme. Mais lorsque le monument est finalement inauguré les 22 et 23 septembre 1906, une surprise attend les habitants : au sommet du piédestal trône une reproduction de la Statue de la Liberté.

Une petite sœur de celle de New York
Cette statue est une réplique de la célèbre Liberté éclairant le monde d’Auguste Bartholdi, dont l’original avait été inauguré à New York vingt ans plus tôt, en 1886. La version de Roybon mesure environ trois mètres. Son arrivée en Isère est entourée d’une part de mystère.
Mathias Saint-Romme et Auguste Bartholdi se seraient rencontrés pendant la guerre franco-prussienne de 1870, alors que le jeune Isérois combattait au sein des Francs-tireurs de l’Isère. Les deux hommes, partageant des convictions républicaines, auraient noué une amitié durable.
Selon la tradition locale, Bartholdi aurait fait réaliser cette réplique et l’aurait offerte à Mathias Saint-Romme peu avant sa mort, en 1904. Une histoire largement reprise depuis, mais pour laquelle les documents permettant de retracer précisément le parcours de la statue avant son arrivée à Roybon restent rares.
Une certitude demeure : en septembre 1906, la statue de la Liberté est installée au sommet du monument consacré à Henri Saint-Romme et devient rapidement indissociable de Roybon. Avec ses quelque trois mètres, la version iséroise paraît minuscule comparée à celle qui domine le port de New York du haut de ses 93 mètres.

