En Isère, la série des démissions de maires s’allonge. À six mois des élections municipales, le maire de Cognin-les-Gorges, Patrice Ferrouillat, a décidé de quitter ses fonctions, désavoué par son propre conseil municipal sur un projet d’aménagement central pour le village.
Une vague de démissions sans précédent en Isère
Depuis 2020, 62 maires isérois ont rendu leur écharpe, soit près d’un sur huit. L’Isère est le département le plus touché par ce phénomène national. Selon une étude du Cevipof, la principale cause de ces démissions reste les tensions internes aux conseils municipaux. C’est dans ce contexte qu’un 63ème maire, Patrice Ferrouillat, a annoncé sa démission à la tête de Cognin-les-Gorges, commune du Sud-Grésivaudan. En poste depuis 2014, après deux mandats comme adjoint, il a officialisé sa décision sur la page Facebook de la mairie, suscitant la surprise des habitants.
Un vote serré qui fait basculer le mandat
Tout est parti du conseil municipal du 15 octobre. Ce soir-là, le maire s’est retrouvé minoritaire (six voix contre cinq) lors d’un vote crucial : la validation de la tranche optionnelle des travaux de réaménagement de la place École/Mairie, cœur du centre-bourg. Ce chantier, pilier du mandat, devait permettre de moderniser l’espace public et de répondre à de nouvelles obligations d’aménagement. Malgré un surcoût de 50 000 euros sur un emprunt total de 300 000 euros, jugé acceptable par le maire, la majorité du conseil a rejeté la proposition. « Désavoué », Patrice Ferrouillat a vu quatre de ses six adjoints voter contre lui, marquant une rupture nette au sein de l’équipe municipale.
Une démission à portée symbolique
Après quelques jours de réflexion, le maire a choisi de poser un “acte politique fort”, expliquant ne pas vouloir “assumer une décision lourde de conséquences pour la commune”. Il a informé la préfecture de l’Isère de sa décision, bien que celle-ci puisse la refuser à six mois du scrutin municipal. Dans ce cas, l’édile assure qu’il terminera son mandat, tout en réaffirmant sa volonté de “tourner la page”. Malgré la déception, Patrice Ferrouillat se dit apaisé : il continuera à siéger comme conseiller municipal et communautaire, souhaitant “éviter tout conflit de personnes” et rappeler que son désaccord porte sur “les choix, pas sur les individus”.
Une tension révélatrice des difficultés locales
L’épisode de Cognin-les-Gorges illustre les fractures croissantes au sein des petites communes, souvent confrontées à des divergences sur la gestion des projets structurants. Entre contraintes budgétaires, responsabilités administratives et pressions locales, de nombreux élus choisissent désormais de rendre leur écharpe avant la fin du mandat.