L’Isère n’échappe pas aux grandes tendances nationales en matière de délinquance. C’est ce que révèle l’Atlas départemental de la délinquance, publié en juillet 2025 par le ministère de l’Intérieur. Homicides, violences intrafamiliales, trafic de stupéfiants, cambriolages… le département affiche une évolution contrastée, entre ralentissement de certaines infractions et explosion d’autres formes de criminalité, souvent concentrées sur quelques territoires.
Homicides en hausse mais tentatives en baisse
En 2024, les homicides enregistrés en Isère progressent significativement +33,3% avec 20 personnes tuées. Par contre, les tentatives d’homicide ont baissé -19,3% entre 2023 et 2024, mais restent sur une tendance haussière depuis 2016 : +10,5%.
Des violences physiques qui ralentissent, mais restent élevées
Longtemps en forte hausse, les violences intrafamiliales semblent marquer le pas. En 2024, leur augmentation plafonne à +3 %, loin des progressions annuelles de +11 % enregistrées entre 2016 et 2023. Un fléchissement qui pourrait traduire un effet de saturation des signalements ou l’impact des campagnes de prévention.
La plupart des actes signalés se concentrent dans les agglomérations, en particulier autour de Grenoble.
Une explosion du trafic de stupéfiants
C’est le point noir majeur du département : le trafic de drogues explose dans plusieurs secteurs de l’Isère. Le nombre de faits enregistrés pour trafic progresse de près de 80% en 2024 par rapport à 2023. L’usage, lui, grimpe de +7,8 %, dans la continuité d’une tendance structurelle amorcée en 2020.
Les services de police notent une recrudescence des réseaux structurés, souvent liés à des économies parallèles locales. L’Isère rejoint ainsi les départements les plus impactés de France, aux côtés de l’Ain ou du Rhône.
Cambriolages : une stabilité à haut niveau
Autre sujet d’inquiétude : les cambriolages de logements, qui ne baissent pas. Avec environ 9,1 infractions pour 1 000 logements, l’Isère figure parmi les trois départements les plus touchés de France. La situation reste globalement stable en 2024, mais à un niveau élevé, notamment dans les zones périurbaines et rurales moins bien couvertes par les forces de l’ordre.
Escroqueries numériques : accalmie après la tempête
Après des années de forte progression, les escroqueries et fraudes marquent une pause. Le ministère de l’Intérieur note une stabilisation des faits liés aux moyens de paiement, notamment en ligne. En Isère comme ailleurs, la moitié des fraudes enregistrées ont désormais un ancrage numérique, signe de la transformation rapide de la délinquance.
Vols : toujours plus des voitures, mais encore plus d’accessoires
Les vols de véhicules restent en hausse +8,5%, mais ce sont surtout les vols d’accessoires (plaques, rétroviseurs, pneus, etc.) qui connaissent une très forte hausse +35,6%. Une tendance qui s’observe dans la plupart des grandes villes françaises.
Une délinquance concentrée sur quelques communes
L’Atlas publié en juillet intègre également des données issues de l’enquête sur le vécu et le ressenti en matière de sécurité (VRS). Il en ressort que la majorité des infractions les plus graves sont géographiquement concentrées : une minorité de communes concentre la majorité des faits de violences, cambriolages ou trafics. Grenoble, mais aussi certaines communes périurbaines comme Échirolles ou Voiron, sont particulièrement exposées.
Une situation sous surveillance
Entre infrastructures fragiles, fractures sociales et économie parallèle, la délinquance en Isère illustre les défis sécuritaires d’un département périurbain sous tension. La publication de l’Atlas départemental permet de mieux cibler les réponses publiques, en croisant chiffres et sentiment d’insécurité. Mais les acteurs locaux le savent : au-delà des statistiques, la réponse passera aussi par l’éducation, l’emploi et la cohésion sociale.