Symbole de toute une démarche associée à l’excellence à la française, la plaque rouge du Guide Michelin 2026 vient d’être officiellement confiée à ces chefs qui décrochent ou conservent leur distinction, étoile ou Bib gourmand. Orchestré par Métro France, le cérémonial s’est tenu au Fantin-Latour à Grenoble en présence d’une trentaine de chefs isérois et savoyards.
Un, deux… et même trois macarons : les plaques rouges sont minutieusement disposées sur une table tout juste assez grande pour la constellation attendue. Accueillis par le maître des lieux Stéphane Froidevaux, tout sourire dans un joyeux brouhaha, les chefs enfilent leur veste et attendent leur tour. Parmi les fameux récipiendaires, certains découvrent cet honneur, comme le trio isérois fraîchement étoilé de Maltacina en Matheysine. D’autres connaissent bien les codes du cérémonial : Christophe Aribert y est convié depuis 22 ans pour une plaque aux deux étoiles ! Mais on n’a pas, chaque année, l’honneur de remettre la récompense suprême… pourtant, le seul chef promu au rang des triples-étoilés de l’année se tient là, en toute simplicité parmi ses confrères, sans triomphalisme. "C’est la récompense d’un collectif !" lâche le Savoyard Michaël Arnoult avec recul.

Un symbole, pas une finalité
Car la gastronomie n’est pas qu’une affaire d’étoiles. C’est une histoire de territoire, de transmission et d’émotion. Les conversations prennent alors parfois des allures de réunion de cordée, où chacun avance avec les autres. Dans son village accroché aux coteaux, le chef aux trois macarons il revendique une cuisine profondément enracinée dans son paysage : "Les producteurs, les vignerons, les artisans, la montagne autour… nous, on est juste là pour transmettre tout ça le plus sincèrement possible."
Christophe Aribert balaie lui aussi l’image du chef solitaire au sommet. "Les étoiles, c’est la cerise sur le gâteau", sourit-il. "Ce qui compte vraiment, ce sont les équipes et les clients qui viennent vivre quelque-chose chez nous."
Une étoile qui se rejoue chaque jour
Du plus médiatisé au plus discret, chaque chef veut bien l’admettre : l’étoile n’est pas un point de mire, ni une ligne d’arrivée. Un honneur certes, une responsabilité surtout. Une tension permanente. Sébastien Vauxion le formule avec justesse : "Cette plaque-là, elle est remise en jeu à chaque service. Et le jour où on s’habitue, on a tout perdu."
Dans sa cuisine du Sarkara à Courchevel, où le végétal dialogue avec l’univers de la pâtisserie, le chef savoyard connaît les doutes, explore le champ de la création, cultive cette nécessité de toujours recommencer, pourvu de ne jamais trahir sa sincérité.

Grenoble, la revanche gastronomique
Et si certains descendent au flambeau de leur massif, comme Ludovic Nardozza (Astérales, Corrençon-en-Vercors), d’autres se réjouissent de voir briller les étoiles dans le bassin grenoblois. Si la gastronomie pousse encore discrètement dans l’ombre de ses voisins lyonnais et savoyards, elle n’a plus à rougir. Et doit s’imposer dans un contexte médiatique peu favorable ces derniers mois… "Nous on se bat pour valoriser notre région ", insiste Christophe Aribert. "Grenoble, c’est une énergie incroyable. Il y a des producteurs, des initiatives, de la créativité, des entreprises, de la technologie… Il faut arrêter de parler de nous uniquement de manière négative."
Stéphane Froidevaux acquiesce. Le chef du Fantin-Latour (1 étoile) voit émerger une nouvelle génération de tables et de talents dans tout le bassin grenoblois. "Ça rayonne de nouveau ", assure-t-il. "Le territoire est rempli de pépites."
Des chefs devenus ambassadeurs du territoire
Au fond, tous défendent la même conviction : un restaurant ne nourrit pas seulement des clients. Il raconte un paysage. Une agriculture. Une culture locale. "Les étoilés donnent une visibilité au territoire", rappelle encore Christophe Aribert. "On met en lumière les producteurs, les savoir-faire et les traditions."
Et c’est bien la philosophie que partage pleinement Marie-Alix Baldit Sollier, directrice des Halles Métro Grenoble, à l’origine de l’événement. Depuis plusieurs années, le groupe renforce ses filières locales avec des producteurs installés à moins de cent kilomètres des halles grenobloises. " Les clients veulent du local. Il faut faire vivre nos territoires", explique-t-elle.
"Notre métier, c’est de rendre les gens heureux"
Et finalement, entre plaques rouges, jasmin étoilé et surprenantes verrines, Stéphane Froidevaux résume : "Notre métier, c’est de rendre les gens heureux." Une évidence. Mais ce lundi, elle a la saveur des vérités qui inspirent…

Photo ©TG+ / Lucile Dailly