Grève des médecins : en Isère, la médecine nucléaire tire la sonnette d’alarme

Alors que les médecins généralistes sont en grève pour dénoncer une dégradation continue de leurs conditions d’exercice, le mouvement s’étend à d’autres spécialités médicales. À Grenoble, le centre de médecine nucléaire SCINTEP se joint à la mobilisation, ainsi que les centres publics ou privés de Chambéry, Annemasse et Annecy. En cause : des décisions de la CPAM jugées unilatérales, qui menacent une discipline pourtant essentielle dans la lutte contre le cancer.

Une mobilisation nationale pour défendre l’accès aux soins

Depuis plusieurs jours, les médecins généralistes sont appelés à la grève partout en France. À l’origine du mouvement : la contestation des politiques de maîtrise des dépenses de santé, la décotation des actes d’imagerie, la surcharge administrative et un sentiment croissant de perte d’autonomie dans l’exercice médical. Les professionnels dénoncent également des décisions prises sans concertation, dans un contexte de tension démographique médicale et de difficultés d’accès aux soins pour les patients. Un mouvement auquel se rallient aujourd’hui certaines spécialités, comme la médecine nucléaire.

La cancérologie impactée

À Grenoble, le centre de médecine nucléaire SCINTEP, structure libérale et indépendante, participe à la mobilisation. Une spécialité encore peu connue du grand public, mais pourtant cruciale dans le parcours de soins, notamment en cancérologie.

« La médecine nucléaire est une discipline à part de la radiologie », explique Léo Morel, directeur opérationnel du centre. Elle repose sur des techniques d’imagerie avancées, comme la scintigraphie ou le PET-scan, qui consistent à injecter au patient un traceur faiblement radioactif. Ce produit, souvent assimilé à un sucre, est capté par les cellules très actives, notamment les cellules cancéreuses, permettant de localiser précisément une tumeur, sa propagation potentielle ou l’efficacité d’un traitement.

Un rôle clé dans le diagnostic et le suivi des cancers

La médecine nucléaire intervient majoritairement en oncologie, mais aussi en cardiologie. Elle joue un rôle central dans le diagnostic précoce des cancers, l’identification des métastases et l’évaluation de traitements ciblés.

« C’est une médecine en plein développement, avec des innovations majeures », souligne le Dr Clothilde Pegard. « Elle permet de tracer une cartographie de la maladie. C’est fondamental. » De nouveaux traceurs, comme le PSMA pour le cancer de la prostate, offrent une précision bien supérieure aux techniques précédentes. Problème : ces innovations ont un coût élevé. Une dose de PSMA peut dépasser 1 200 euros, alors que le remboursement du forfait technique plafonne à 550 euros.

Des décisions de la CPAM jugées dangereuses pour l’avenir de la spécialité

Le cœur de la contestation porte sur deux décisions récentes de la CPAM : « la baisse des cotations d’imagerie – comme pour d’autres spécialités – et la validation du pouvoir du directeur de la CPAM à trancher sans concertation avec les médecins, ni prise en compte de l’impact sur le terrain » indique Léo Morel.

Dans un contexte où les équipements (PET-scan, scanners) et les radiopharmaceutiques deviennent de plus en plus coûteux, avec des hausses pouvant atteindre 20 % en moins de trois ans, l’équilibre financier des centres est aujourd’hui extrêmement fragile.

« Nous craignons que les centres de médecine nucléaire ne soient plus en capacité d’investir dans des équipements de pointe pour diagnostiquer les cancers, au détriment de la prise en charge des patients », insiste le directeur du centre grenoblois. « Mais ces décisions risquent de couper l’élan d’une spécialité essentielle aux plans cancer et aux réseaux d’oncologie. »

« Il faut que les médecins soient écoutés »

À travers cette grève, les professionnels souhaitent avant tout faire entendre leur voix. Ils appellent la Ministre de la Santé à réagir et à remettre les médecins au cœur des décisions qui concernent l’organisation et l’avenir du système de soins.

« Si la CPAM décide de tout, sans dialogue, ce sont des non-médecins qui administrent la médecine », alerte Léo Morel. Un message clair, alors que la mobilisation dépasse désormais le seul cadre des médecins généralistes.


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