Grenoble : Une trentaine de squelettes sous l’Esplanade

Lieu de fêtes, de promenades et bientôt de détente, l’Esplanade de Grenoble cache aussi une histoire beaucoup plus sombre. Invité de l’émission « Le + », l’archéologue Nicolas Minvielle-Larousse (INRAP) révèle la découverte rare d’un gibet du XVIᵉ siècle, vestige d’une justice spectaculaire et infamante, enfoui sous le parking actuel.

Quand l’Esplanade était « hors les murs »

Ancien parking, aujourd’hui associée à la fête foraine et aux grands rassemblements, et en passe de devenir aussi un espace vert, l’Esplanade était, au XVIᵉ siècle, un lieu à l’écart de la ville.  « On est à l’extérieur de Grenoble, sur une berge inondable de l’Isère, dans un espace marginal », explique Nicolas Minvielle-Larousse. C’est précisément ce caractère périphérique qui en faisait un emplacement idéal pour un équipement judiciaire redouté : le gibet.

Une découverte inattendue sous le parking

Avant le réaménagement du site, des fouilles archéologiques préventives sont menées en 2023 et 2024. « Le diagnostic a été positif et une fouille a été prescrite par l’État », rappelle l’archéologue. Très vite, les chercheurs mettent au jour un édifice énigmatique et, surtout, de nombreux squelettes. « Dans certaines fosses, on compte de deux à huit corps », précise-t-il.

L’organisation des inhumations intrigue les archéologues. Les corps sont enterrés ensemble, sans soin particulier. « Ce ne sont pas des sépultures ordinaires », souligne Nicolas Minvielle-Larousse. Datés du XVIᵉ siècle grâce au radiocarbone, ces restes humains posent une question centrale : quel type de lieu pouvait justifier une telle gestion des morts ?

Le gibet, outil de justice et de mise en scène

Les recherches en archives départementales permettent de trancher. « Nous avons retrouvé des comptes de construction de 1544 et un plan de charpente correspondant presque exactement aux vestiges découverts », explique l’archéologue. Il s’agit du gibet du port de la Roche, destiné à exposer les corps des condamnés après leur exécution.  Ils sont ainsi pendus sur la structure. « Le gibet sert à montrer la peine. C’est une justice exemplaire, visible de tous ». Placée à l’entrée nord de Grenoble, à proximité de l’Isère et des axes de circulation, la structure ne pouvait être ignorée.

Une peine qui se prolonge après la mort

Sur ce gibet, les corps pouvaient rester exposés longtemps. « On pouvait laisser un condamné accroché plusieurs mois, parfois plusieurs années », précise Nicolas Minvielle-Larousse. Une fois retirés, ils n’étaient pas enterrés en terre chrétienne.
« La peine infamante continue après la mort, avec une inhumation au pied du gibet ». Les archives mentionnent plusieurs condamnés passés par ce lieu. « On connaît notamment Benoît Croyet et Charles Dupuis-Montbrun, exécutés dans le contexte des guerres de Religion », indique l’archéologue.

⤵️ Retrouvez l’intégralité de cette interview dans l’émission « Le + » 

 

 

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