Entre 10 400 (police) et 28 600 manifestants (syndicats) ont défilé ce jeudi 5 novembre dans les rues de Grenoble. Une journée de grève très suivie, marquée par de fortes perturbations mais aussi par une manifestation festive, sans affrontements majeurs.
Après plusieurs semaines de tensions sociales et de manifestations parfois émaillées de violences, la journée du jeudi 5 novembre a marqué une nouvelle étape dans la mobilisation contre le gouvernement. À l’appel de l’intersyndicale, salariés, lycéens, étudiants et militants se sont retrouvés dans les rues pour réclamer notamment une augmentation des salaires et une amélioration du pouvoir d’achat.
Et la mobilisation a été importante. À Grenoble, la préfecture a comptabilisé 10 400 manifestants, contre 28 600 annoncés par les syndicats. Des chiffres qui confirment l’ampleur du mouvement, même si les estimations font toujours le grand écart. A titre de comparaison, la police avait recensé 13 000 manifestants le 17 octobre, 10 300 le 24 et 7 300 et le 31 octobre.

Une matinée de blocages et de perturbations
Dès 7 heures du matin, les premières actions ont débuté à Voreppe, où des agriculteurs de la Confédération paysanne ont installé un barrage filtrant à proximité de l’accès à l’autoroute A48. Leur projet initial d’organiser une opération péage gratuit a été empêché par la gendarmerie. Plusieurs kilomètres de ralentissements se sont formés.
Dans l’agglomération grenobloise, de nombreux établissements scolaires ont également été touchés par la grève. Plusieurs lycées, notamment Champollion, Stendhal, Pablo Néruda et Emmanuel-Mounier, ont vu leurs entrées bloquées. Les écoles primaires n’ont pas été épargnées. À Saint-Martin-d’Hères, quatre groupes scolaires sur onze étaient totalement fermés.
Les transports en commun ont eux aussi été fortement perturbés. Les lignes de tramway ont été mises à l’arrêt toute la journée et ne reprendront du service que vendredi, tandis que de nombreuses dessertes de bus étaient suspendues ou limitées.

Le cortège investit finalement le centre-ville
Peu après 11 heures, plusieurs milliers de manifestants se sont élancés depuis la gare de Grenoble, rejoints notamment par des centaines d’étudiants partis du campus universitaire. Le cortège a remonté le cours Jean-Jaurès avant de rejoindre les grands boulevards, dans une ambiance particulièrement festive, rythmée par les fanfares et les percussions.
Mais le principal événement de la journée s’est produit peu après midi. Alors que la préfecture avait interdit les rassemblements dans l’hyper-centre et imposé un itinéraire se terminant au parc Paul-Mistral, les organisateurs ont décidé de bifurquer sur le boulevard Gambetta pour rejoindre la place de Verdun. Un choix assumé par l’intersyndicale, qui avait contesté devant le tribunal administratif l’interdiction préfectorale de manifester dans le centre-ville.

Une présence policière plus discrète
Malgré ce changement de parcours, la situation n’a pas dégénéré. Les forces de l’ordre, pourtant présentes en nombre dans les rues adjacentes, sont restées relativement en retrait, laissant progresser le cortège. Quelques tirs de gaz lacrymogène ont été signalés à proximité de la Caserne de Bonne, mais aucun affrontement majeur n’est venu perturber la manifestation.
Un contraste saisissant avec les précédentes mobilisations, notamment celles des 17 et 24 octobre, marquées par de violents incidents et une riposte immédiate des forces de l’ordre. Vers 12h45, les manifestants sont finalement arrivés place de Verdun, devant la préfecture de l’Isère, où un orchestre a prolongé les festivités. « Il y avait une super ambiance, très festive, avec beaucoup de musique », nous a confié un participant, estimant que la présence plus discrète des forces de l’ordre avait contribué à apaiser les tensions.

La musique a d’ailleurs résonné sur la place de Verdun bien après la dispersion officielle du cortège. Un groupe de lycéens et d’étudiants s’est lancé dans un défilé improvisée dans les rues de Grenoble au rythme de l’électro et vers 18 heures, les percussions d’une batucada animaient toujours le quartier de la préfecture.
Une nouvelle démonstration de force
La journée ne s’est pas limitée à Grenoble. Dix manifestations avaient été déclarées dans le département. Selon la police, 600 personnes ont manifesté à Vienne, 1100 à Bourgoin-Jallieu, 700 à Voiron et 350 à Roussillon. Il y a eu en parallèle des défilés dix interpellations (7 à Grenoble et 3 à Bourgoin).
Au-delà des revendications salariales, cette journée a aussi été marquée par la question de la mobilisation lycéenne et des interpellations de jeunes manifestants. Devant le lycée Emmanuel-Mounier, plusieurs élus isérois de gauche, dont les parlementaires Cyrielle Chatelain, Elisa Martin et Guillaume Gontard, ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une répression excessive du mouvement par la police.
Surtout, cette journée aura démontré qu’un cortège massif pouvait traverser le centre-ville de Grenoble sans connaître les scènes de violences observées lors des précédentes manifestations. Reste désormais à savoir si cette nouvelle démonstration de force permettra de faire évoluer les positions du gouvernement et d’ouvrir une perspective de sortie de crise.
👉 Le compte rendu détaillé de la journée de mobilisation en Isère


