Sur la même liste en mars pour battre Alain Carignon, les Insoumis et la gauche écologiste s’écharpent depuis sur pas mal de sujets. Et celui qui concentre le plus de tensions concerne la guerre dans la bande de Gaza. Pourtant, les deux camps affichent leur soutien aux Palestiniens.

Cela ne fait sûrement pas partie des préoccupations prioritaires des habitants de Grenoble, mais force est de constater que le conflit israélo-palestinien occupe un peu les élus grenoblois en cette rentrée.

Mardi, Laurence Ruffin, qui recevait une délégation de Bethléem, a annoncé le renforcement du jumelage avec la ville et dévoilé une banderole en soutien au peuple palestinien. La maire de Grenoble a d’ailleurs promis que son premier déplacement officiel à l’étranger aurait lieu en Palestine. Fallait-il y voir une réponse à ce qui s’était passé la veille, quasiment sous les fenêtres de son bureau ?

Lundi, le conseiller municipal insoumis Allan Brunon avait convié la presse sur les marches de l’Hôtel de Ville pour dénoncer le refus de la maire, Laurence Ruffin, de mettre en débat, lors du prochain conseil municipal du 29 septembre, une délibération portant sur l’annulation du jumelage entre Grenoble et Rehovot.

banderole Palestine - Photos : Jean-Sébastien FAURE - Ville de Grenoble
Jeries Qarra’a, élu de Bethléem et Laurence Ruffin devant une banderole de soutien à la cause palestinienne sur la Maison de l’International (© Jean-Sébastien Faure)

Un jumelage en pause depuis 12 ans

Ce jumelage avec cette ville israélienne de la taille de Grenoble (160 000 habitants) a été initié en 1984 par le maire de l’époque, Alain Carignon. Il a ensuite été officiellement mis en sommeil en 2014, à l’arrivée d’Éric Piolle, même si des relations ont subsisté puisque de jeunes musiciens de Rehovot ont été invités par Grenoble en 2016 et 2018 pour participer au festival Divercities.

En 2023, Éric Piolle avait même tenté de réactiver le jumelage après l’attaque du Hamas du 7 octobre pour montrer le soutien de sa ville au peuple israélien. Mais il s’est heurté à une forte opposition des associations locales et a fini par réaffirmer, lors d’un conseil municipal en 2025, que ce jumelage était bien suspendu.

Mais une suspension ne veut pas dire une annulation. Et c’est justement ce que réclament les militants insoumis, avides de symboles. Et ce débat, Laurence Ruffin n’en veut pas car, quel que soit le résultat, il créera des tensions soit avec les associations juives iséroises comme le CRIF, soit avec les mouvements pro-palestiniens.

Deux styles, deux ambiances mais dans les deux cas, le drapeau palestinien flotte sur l’Hôtel de Ville de Grenoble

LFI dénonce une « Tartufferie »

Alors, la municipalité a invoqué le droit pour retarder l’échéance. Elle a demandé à la préfecture d’examiner la délibération en question. Celle-ci a jugé que « la rupture du jumelage reposerait sur un parti pris dénonçant la politique de l’État israélien vis-à-vis de la Palestine. De ce fait, en ce qu’elle témoignerait d’une prise de position de la ville dans le conflit israélo-palestinien, cette délibération contreviendrait aux obligations de ne pas interférer avec l’État sur la conduite des relations internationales et serait de ce fait illégale. »

Laurence Ruffin a donc pu légalement faire retirer la délibération. Une décision qui n’a évidemment pas plu à Allan Brunon, s’inspirant de Molière sur le parvis de la mairie pour dénoncer « une tartufferie gigantesque qui empêche de discuter du génocide palestinien en faisant appel de la plus lâche des façons au service de l’État ». Il a conclu sa tirade par : « Jamais la France insoumise ne reculera. »

RDV en décembre ?

Le groupe LFI a donc rédigé une autre délibération pour contourner les arguments évoqués par la préfecture. Les élus insoumis souhaitent que cette nouvelle mouture soit examinée dès le 29 septembre. Mais la maire dispose de trois mois pour inscrire une délibération à l’ordre du jour d’un conseil municipal. On imagine qu’elle ne va pas se précipiter et que la discussion qui s’annonce entre les élus interviendra plutôt lors du conseil municipal du 15 décembre. Histoire de terminer l’année de façon apaisée…