Grenoble : les écologistes ont-ils lancé la machine à perdre ?

Le maire de Grenoble, Éric Piolle, a été suspendu ce mardi de son mandat de porte-parole du parti Les Écologistes. Une décision prise « à titre conservatoire », alors qu’une enquête judiciaire est en cours contre lui pour concussion et recel de délit.

Une décision disciplinaire, pas judiciaire

C’est le conseil disciplinaire du parti qui a tranché après avoir auditionné Éric Piolle le 2 juillet dernier. Le bureau politique a ensuite pris acte de cette décision, qui s’applique pour une durée pouvant aller jusqu’à deux ans. « En tant que porte-parole, il aurait dû faire preuve de transparence », a expliqué François Thiollet, secrétaire national adjoint à la vie interne du parti. « Les soupçons qui pèsent sur lui et qu’il n’a pas souhaité démentir peuvent avoir des conséquences sur le parti et sa réputation, notamment à l’approche des municipales. Cette décision ne porte pas sur le fond de l’affaire », précise-t-il.

Les suites de l’affaire des « 400 euros »

L’affaire en question remonte à juin 2024, lorsque Le Canard Enchaîné a révélé qu’un ancien collaborateur de la mairie de Grenoble, Enzo Lesourt, affirmait avoir touché en 2016 une augmentation de 600 euros par mois, à condition d’en reverser 400 en liquide à Élisa Martin, alors première adjointe. Une « combine » pour augmenter la rémunération d’une élue qui est aujourd’hui devenue députée insoumise de l’Isère. L’enquête, ouverte par le parquet de Grenoble, a depuis été dépaysée à Valence.

Une mise à l’écart contestée

Éric Piolle, qui n’a pas été mis en examen et n’a pas encore été entendu par la justice, dénonce une manœuvre politique :
« Ils ont pris cette décision sur la base de rien et à la demande de personne », estime le maire de Grenoble. Et d’accuser la secrétaire nationale du parti, Marine Tondelier, de chercher à l’écarter : « Elle veut obtenir bureaucratiquement ce qu’elle n’a pas obtenu par les urnes ». En avril dernier, Éric Piolle avait réussi à décrocher le poste de porte-parole malgré l’opposition affichée de Marine Tondelier. Malgré des embrassades de façade le jour de l’investiture (notre photo), le conflit entre les deux figures écologistes semble très profond. Cette suspension marque donc un nouvel épisode de cette bataille interne.

Et maintenant ?

Éric Piolle, qui ne se représente pas aux municipales de 2026 à Grenoble, est bien décidé à se battre contre cette exclusion. En attendant, il reste maire, mais se retrouve affaibli au sein de son propre parti. La semaine dernière, c’est son adjointe à la culture, Lucille Lheureux, qui avait dénoncé auprès du mouvement des pressions afin qu’elle retire sa candidature à la primaire pour les Municipales. Un scrutin grenoblois pour lequel les écologistes semblent avoir lancé la machine à perdre…  

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