Près de 200 jeunes Grenoblois entre 8 et 15 ans ont été sensibilisés aux violences sexistes et sexuelles (VSS) au cours du mois d’avril. En utilisant le sport comme levier pédagogique, les organisateurs cherchent à briser les tabous et à instaurer un dialogue durable dès le plus jeune âge.
L’ambiance était estivale sur la pelouse du stade Raymond-Espagnac, mais le fond du sujet restait sérieux. la MJC Les Allobroges et le club FC2A ont décidé de se mobiliser pour sensibiliser les jeunes Grenoblois aux violences sexistes et sexuelles. Pour Fanny Jimeno, coordinatrice à la MJC Les Allobroges, l’efficacité de la prévention repose sur la régularité : "La seule manière de sensibiliser le public, c’est la redondance, mais également de multiplier les interventions, les discours et le vocabulaire afin que ça puisse toucher notre public". Selon elle, chez l’enfant en plein développement, "un jour il y a quelque chose qui fait "tilt" et il enregistre une information".
Le respect, socle de la citoyenneté
Abdel Waheb Kismoune, premier adjoint à la Ville de Grenoble, voit dans ce rassemblement une occasion de réaffirmer les valeurs fondamentales du "vivre-ensemble". Pour l’élu, le sport permet de "retravailler les fondamentaux : le dépassement de soi, le travail en équipe, le respect de l’autre, l’entraide". Il insiste sur l’importance d’une intervention précoce : "L’intérêt, c’est de travailler les jeunes dès le plus jeune âge […] que les petits prennent conscience très tôt du rapport à l’autre, des discussions, de la façon de parler". Abdel Waheb Kismoune rappelle également que ce fléau ne doit pas être associé à une catégorie de la population : "Les violences c’est dans toutes les strates de la société. Ce n’est pas associé aux quartiers populaires".
L’escrime comme école de la maîtrise
Parmi les disciplines proposées pour questionner les stéréotypes, l’escrime a illustré concrètement ces notions de respect. Laurent Bonneau, président du GUC Escrime, souligne que sa discipline impose une rigueur comportementale stricte : "Au début de chaque assaut, on se salue. À la fin, on se salue, même si on a perdu, on dit merci. " En club, il assure que la mixité fonctionne naturellement car "chacun va s’adapter au niveau de l’autre", apprenant aux enfants que la différence de force n’est pas l’élément fondamental pour réussir.
Connaître ses droits pour mieux dire "non"
Sur le bord du terrain, les parents saluent cette démarche qui complète l’éducation familiale. Un père de famille souligne l’importance de la gratuité pour l’accès de tous à ces ressources : "S’il n’y a pas des activités gratuites, [les enfants] ne peuvent pas avoir accès." Pour lui, sensibiliser aux violences sexistes et sexuelles est un enjeu de protection : "Il faut qu’ils le sachent petits pour qu’ils puissent dire "non"." La prise de conscience est d’ailleurs immédiate chez les plus jeunes. Oumi, 13 ans, a découvert la signification du sigle VSS lors d’un quiz interactif et a réalisé que "la violence passe aussi à travers les mots", citant l’exemple du cliché qu’elle a déjà entendu : "Le foot, c’est pour les garçons."
Cette journée n’est qu’une étape dans le travail de la MJC, qui propose chaque mois une thématique différente, du handicap à l’éducation aux médias. Fanny Jimeno, constate : "une évolution chez les enfants dans leur manière de se positionner […] d’avoir l’autorisation pour faire un bisou ou un câlin ". En intervenant dès l’école primaire, les acteurs locaux espèrent armer les futurs adultes pour une vie sociale plus apaisée, car comme le conclut un parent, " si on veut faire une société où les gens ont l’esprit un peu éveillé et connaissent leurs droits, il faut multiplier ça".
