La France Insoumise avait réussi un beau coup politique en mars dernier en transformant 14% des voix aux Municipales en 13 élus à Grenoble et 7 à la Métropole. Mais la dynamique vient de s’enrayer après des dissensions en interne.

Peu représentée dans les instances grenobloises, La France Insoumise a fait une entrée remarquée, cette année, au sein de l’assemblée municipale et métropolitaine. Inconnu il y a encore un an, Allan Brunon, s’est imposé en leader charismatique et intransigeant n’hésitant pas à manier l’invective, voir l’insulte envers les autres élus. Une façon de faire de la politique qui lui a donné un bel écho médiatique mais qui l’a aussi isolé des autres partis de gauche, notamment à la Métropole où le consensus est la règle de conduite de la nouvelle majorité plurielle.

« De la violence psychologique » selon les exclus

Plus embêtant pour son mouvement, son style sans filtre est en train de faire des dégâts en interne. Cette semaine, deux élus ont été exclus : Thomas Mandroux et Lauren Viguier, la numéro 2 de la liste, responsable du programme pendant la campagne. Dans un communiqué au vitriol, ils expliquent : « à cause des propos répétés et des actes que nous avons jugés violents, autoritaires, sexistes, LGBTphobes et un acharnement vécu comme du harcèlement moral, nous étions dans l’incapacité de siéger dans les instances pour lesquelles nous étions pourtant élu-es, afin de préserver notre santé. » Thomas Mandroux précise qu’il a été en arrêt de travail et sous traitement suite à la violence psychologique qu’il affirme avoir subie.

« Des menteurs absolus » selon Allan Brunon

Lors d’un point presse ce vendredi, Allan Brunon a estimé que c’était « de la calomnie et du mensonge ». Il a annoncé avoir saisi le comité de respect des principes de LFI pour démonter ces accusations. « C’est une cabale lancée par l’extrême droite qui est poursuivie par ces menteurs absolus qui siégeaient dans notre groupe… » Il a pointé un désaccord uniquement politique pour expliquer ce clash au sein de son équipe. « Thomas Mandroux et Lauren Viguier n’étaient pas favorables à l’accord technique passé avec la liste de Laurence Ruffin. Ils voulaient une fusion complète et se rêvaient en adjoints au maire. Ils ont fait ensuite fuiter des informations confidentielles sur la stratégie du groupe donc c’est normal qu’ils soient sanctionnés. »

Une séquence qui profite à Laurence Ruffin

Si les deux élus exclus ne souhaitent pas se détourner du mouvement de Jean-Luc Mélenchon qu’ils continueront à soutenir à la Présidentielle, ils actent clairement la rupture avec Allan Brunon et le reste de son groupe. Ils annoncent également démissionner de leur mandat. Une situation qui va profiter à Laurence Ruffin. A cause de cet accord technique passé avec LFI, la maire de Grenoble disposait de la plus petite majorité de France pour diriger une ville (33 élus sur 59). Cette majorité fragile va être renforcée par deux nouveaux entrants puisqu’en cas de démission d’un conseiller municipal, c’est le premier non élu sur la liste qui prend sa place. Et les deux concernés sont des soutiens de la maire de Grenoble.

Le prochain conseil s’annonce musclé

Autre conséquence, avec deux membres en moins, LFI n’est plus le principal groupe d’opposition au sein du conseil municipal de Grenoble. Ce statut revient au groupe « Réconcilier Grenoble ». Or, la tradition républicaine veut que la présidence de la commission des finances d’une collectivité soit confiée à l’opposition. Clément Chappet, qui préside le groupe du centre et de la droite, demande donc à Laurence Ruffin de lui confier ce poste occupé pour l’instant par Allan Brunon. « Ce serait invraisemblable » commente ce dernier. « Clément Chappet n’est plus un opposant car il a permis l’élection de Guillaume Lissy à la Métropole. Madame Ruffin m’a de toute façon affirmé que cette présidence de la commission des finances ne sera jamais remise en cause. »

Des sujets qui seront forcément évoqués lors du prochain conseil municipal de Grenoble qui devrait également acter la recomposition des groupes. Il aura lieu en septembre, après la trêve estivale. On aurait presque hâte..