Il ne l’avait pas vraiment caché pendant la campagne. Alain Carignon ne comptait pas siéger dans l’opposition au conseil municipal de Grenoble. C’était donc la victoire ou rien. Les Grenoblois ont choisi la deuxième option.
Après avoir acté sa défaite dimanche soir sur un score honorable (43,4%), il a annoncé lundi son retrait de la vie politique, à 77 ans en affirmant avoir « tout donné à Grenoble ». Ses détracteurs lui rétorqueront certainement que Grenoble lui a bien rendu…
Au cours de sa carrière, Alain Carignon aura occupé presque toutes les fonctions : maire de Grenoble, conseiller général, président de l’agglomération, président du Département de l’Isère, député, députée européen et ministre à deux reprises (environnement et communication).
Une ascension fulgurante jusqu’à la chute
Si sa carrière a été bien remplie, elle a été finalement assez courte puisqu’elle s’est déroulée sur une dizaine d’années. De 1983, date de son élection à la mairie de Grenoble, à seulement 34 ans, jusqu’en 1994 où il démissionne du gouvernement et se place en retrait de la mairie, après sa mise en examen pour corruption et abus de biens sociaux.
Cette affaire de détournement d’argent public le fait tomber de son piédestal politique. Il sera condamné à cinq ans de prison dont seulement un avec sursis et passera 29 mois en détention. Même Sarkozy n’a, pour l’instant, pas fait mieux. Alain Carignon détient en effet le record peu enviable de la plus lourde condamnation infligée à un homme politique. Un passif qui va lui coller à la peau.
Une condamnation record pour un élu
Pourtant, dès sa sortie de prison, Alain Carignon n’aura de cesse de revenir en politique. D’abord en reprenant des fonctions au sein de l’UMP de l’époque, au prix d’une guerre interne assez violente et d’un soutien sans faille de Nicolas Sarkozy. Puis, en sollicitant à nouveau le suffrage universel.
En 2007, il tente de reconquérir son siège de député de l’Isère à son collègue de droite Richard Cazenave. Un duel sans merci qui offre la victoire à la socialiste Geneviève Fioraso. Malgré cette défaite, Alain Carignon persiste.
En 2014, il intrigue au sein de son parti pour être candidat aux élections municipales. Mais le leader de la droite grenobloise, Matthieu Chamussy, s’y oppose. Un compromis est trouvé : Alain Carignon sera bien sur la liste mais en neuvième position. Avec un score d’à peine 24% des voix, la liste n’aura finalement que 7 élus et Carignon passera son tour.

Un retour au conseil municipal 25 ans après
Il devra attendre encore cinq ans, et la démission de Nathalie Béranger qui lui cède son siège en 2019 pour redevenir un élu. Son retour au sein du conseil municipal de Grenoble n’est pas anodin à quelques mois d’une nouvelle échéance. En 2020, Alain Carignon a fait le ménage parmi ses opposants au sein de sa famille politique. Il a donc le champ libre pour se présenter en numéro 1.
Mais le verdict des urnes sera sévère pour l’ancien maire qui réalise, au premier tour, le plus faible score pour la droite à Grenoble depuis 40 ans (19,8%). Il est néanmoins élu au conseil municipal où il sera un opposant déterminé à la politique de la majorité écologiste. Il ne cache pas d’ailleurs sa volonté de se représenter en 2026.
Un autre candidat aurait pu faire mieux ?
« C’est comme si une entreprise réembauchait un comptable qui a piqué dans la caisse » commentait avec malice Eric Piolle pour illustrer cette tentative de retour. Le pari était effectivement incongru. Il n’a pas fonctionné. En aurait-il était autant avec un candidat moins controversé ?
Yannick Neuder, l’actuel patron des LR en Isère ne cachait pas ses doutes dimanche soir sur notre plateau : « Alain Carignon n’est pas un candidat comme tout le monde et pour un un certain nombre d’électeurs, il peut être un repoussoir. Après deux mandats d’Eric Piolle, on aurait pu envisager une bascule de Grenoble avec un autre profil de candidat. »
Mais on ne refera pas le match. Alain Carignon a perdu. Il quitte le conseil municipal et même la ville pour rejoindre sa femme qui vit à l’année au Maroc à Marrakech. Qui va prendre le leadership de la droite grenobloise ? En partant, Alain Carignon n’a pas vraiment donné de consigne de vote.
🎥 La dernière interview d’Alain Carignon sur notre plateau pendant la campagne