La mairie de Fontaine a confirmé la fermeture des groupes scolaires Marcel-Cachin et Jeanne-Labourbe à la rentrée 2027. Une décision justifiée par la baisse démographique et l’état des bâtiments, mais vivement contestée par des parents qui dénoncent un manque de concertation et redoutent un affaiblissement durable de certains quartiers.
La décision est désormais actée : les groupes scolaires Marcel-Cachin et Jeanne-Labourbe fermeront leurs portes à l’issue de l’année scolaire 2026-2027. À Fontaine, environ 250 enfants de maternelle et primaire seront concernés par un changement d’établissement. Pour les familles de Marcel-Cachin, l’annonce a été un choc. Réunis le 11 juin avec des élus municipaux pour ce qu’ils pensaient être un simple point d’information, les parents ont découvert que la fermeture était déjà décidée. « Il y a eu des pleurs », raconte Antoine Clapié, père de deux enfants scolarisés à Marcel-Cachin, en CM1 et CE1. Comme beaucoup de familles, il dit avoir vécu la réunion avec sidération. « On ne parle pas de n’importe quel bâtiment. Une école, c’est un lieu de vie, un repère pour les enfants et les familles. »
« Le cœur du quartier va disparaître »
Au-delà du bâtiment scolaire, plusieurs habitants redoutent les conséquences sur la vie du quartier. Située au cœur de Fontaine, l’école Marcel-Cachin est perçue par de nombreux parents comme un point d’ancrage social dans un secteur qui accueille de nombreuses familles modestes. Pour Antoine Clapié, la fermeture pourrait accélérer une forme de dévitalisation du quartier. « L’école, c’était le cœur du secteur. Si elle ferme, on craint que le quartier meure progressivement », explique-t-il.
Certains parents craignent également une perte de mixité sociale. Des familles plus aisées pourraient, selon eux, choisir de déménager si leurs enfants ne peuvent plus être scolarisés à proximité du domicile. Autre sujet de crispation : plusieurs familles estiment que le projet de fermeture était déjà connu avant les élections municipales de mars dernier et qu’il aurait dû figurer dans le programme de campagne.
Absence de concertation
Les parents dénoncent une méthode jugée opaque. Beaucoup disent avoir le sentiment que « tout s’est fait dans leur dos », sans véritable concertation. Plusieurs familles estiment aussi que la municipalité aurait laissé se dégrader le bâtiment en sachant déjà qu’une fermeture était envisagée. L’incompréhension est renforcée par des travaux récents réalisés à Marcel-Cachin. Pour plusieurs parents, ces investissements apparaissent aujourd’hui comme un gaspillage d’argent public si la fermeture était déjà envisagée.
La mairie invoque la démographie et l’état du patrimoine scolaire
La municipalité assume une décision qu’elle juge devenue incontournable. L’adjoint à l’éducation, Julien Bouvier, rappelle que les écoles de Fontaine ont perdu près de 20 % de leurs effectifs en neuf ans, une baisse appelée selon lui à se poursuivre. L’élu pointe aussi le vieillissement du parc scolaire. Plusieurs établissements âgés de près de 70 ans auraient été peu entretenus avant 2020. Depuis l’arrivée de la municipalité Longo, environ six millions d’euros auraient été investis dans les écoles de la commune. Marcel-Cachin, construite dans les années 1950, concentrerait de nombreuses difficultés : présence d’amiante, mauvaise isolation thermique, vétusté générale et incidents structurels. Lors d’un chantier de réfection de toiture, des faux plafonds se seraient effondrés, obligeant à déplacer des élèves en urgence.
La mairie explique avoir initialement envisagé des travaux lourds à Marcel-Cachin et Robespierre, avant de devoir arbitrer. La reconstruction de Robespierre — futur groupe scolaire Rose-Valland — a été privilégiée, la réhabilitation étant jugée moins rentable à long terme. Son coût, estimé à 18 millions d’euros, ne permettait pas selon la Ville de rénover simultanément les deux écoles sans alourdir fortement l’endettement communal. Jeanne-Labourbe, située vers la Poya, fait face à une problématique différente. Cette petite école maternelle d’une soixantaine d’élèves, dans un quartier plus excentré, nécessitait également des travaux importants de rénovation, d’accessibilité et de désamiantage.
Des accusations sur le foncier et des inquiétudes pour l’avenir
Chez certains parents, le choix municipal nourrit toutefois des soupçons. Ils estiment que le maintien de Robespierre serait davantage lié à des considérations foncières : située en zone inondable, l’école ne pourrait être reconstruite qu’en surélevant le bâtiment, tandis que le terrain de Marcel-Cachin, plus central, pourrait selon eux être valorisé auprès de promoteurs immobiliers.
La nouvelle carte scolaire suscite également des inquiétudes concrètes. Plusieurs familles pointent notamment le trajet vers Jules-Ferry, qui impose de traverser le boulevard Joliot-Curie, un axe particulièrement fréquenté. Julien Bouvier reconnaît que le cheminement actuel n’est pas adapté à de jeunes enfants et assure travailler avec les services de la Métropole pour sécuriser les traversées.
Autre préoccupation : l’avenir du dispositif REP dont bénéficie Marcel-Cachin, avec des classes à effectifs réduits. Sur ce point, la mairie se veut rassurante et affirme que le Rectorat devrait veiller à éviter une surcharge des classes dans les établissements d’accueil. À Fontaine, le dossier dépasse désormais la seule question scolaire. Pour de nombreuses familles, c’est aussi l’avenir d’un quartier, de son équilibre social et de sa vie collective qui se joue. Les parents d’élèves qui ont lancé une pétition en ligne organisent un rassemblement ce mardi soir 16 juin à 17h30 devant l’école Marcel Cachin et jeudi à 18 h Salle Emma Watson.