Alors que la canicule favorise la fréquentation des espaces naturels, la préfecture de l’Isère, le Service départemental d’incendie et de secours et l’Office national des forêts lancent un nouvel appel à la vigilance. Les autorités rappellent que neuf incendies sur dix sont provoqués par l’activité humaine et que le département est désormais pleinement concerné par le risque de feux de forêt.
Une démonstration des moyens de lutte contre les feux de végétation s’est tenue cette semaine à la Bastille, à Grenoble, afin de sensibiliser le public aux risques d’incendie. Les autorités dressent un constat sans équivoque : l’Isère est de plus en plus exposée aux feux de forêt. En 2022, 551 départs de feu avaient été recensés dans le département. En 2025, 325 incendies ont été enregistrés, détruisant 91 hectares de végétation, ce qui en fait la deuxième année la plus marquante après 2022. Pour la préfète de l’Isère, Catherine Séguin, ces chiffres illustrent les conséquences du changement climatique sur un territoire de montagne comme de plaine. La saison des feux débute désormais dès le printemps et les zones à risque s’étendent jusqu’aux abords des espaces urbanisés.
Neuf incendies sur dix sont d’origine humaine
Si les fortes chaleurs augmentent le risque, les autorités rappellent que l’immense majorité des départs de feu est liée à des comportements humains. Il est notamment interdit d’allumer un barbecue en forêt ou à moins de 200 mètres de sa lisière, de jeter des mégots dans la nature ou d’allumer un feu à proximité de la végétation. La campagne de prévention, déployée de fin mai à début septembre, insiste également sur la nécessité de respecter les éventuelles interdictions d’accès aux massifs forestiers et de débroussailler les abords des habitations. « Nous pouvons comprendre qu’après une journée très chaude, les gens cherchent un peu de fraîcheur en forêt. Ceci dit, il faut rester vigilants sur les comportements à adopter », rappelle Marjorie Guillon, directrice de l’Office national des forêts en Isère.
Le débroussaillement, une protection indispensable
Le débroussaillement constitue l’un des principaux leviers de protection des habitations. Il est obligatoire dans les secteurs les plus exposés, qui concernent 37 communes iséroises. À l’occasion de la démonstration organisée à la Bastille, les sapeurs-pompiers ont rappelé qu’une maison correctement débroussaillée reste accessible aux secours et offre davantage de possibilités d’intervention, contrairement à une habitation entourée de végétation dense. Selon l’État, 90 % des maisons détruites lors des incendies se trouvaient sur des terrains insuffisamment ou pas du tout débroussaillés.
Des moyens renforcés face au risque
Pour faire face à cette évolution, le Sdis de l’Isère a renforcé ses capacités d’intervention. Grâce au pacte capacitaire financé par l’État, le service a acquis quatre camions-citernes destinés aux feux de forêt, un véhicule pour les détachements d’intervention héliportés ainsi que deux véhicules légers tout-terrain. Le département dispose désormais d’une soixantaine d’engins spécialisés. Sur les 5 000 sapeurs-pompiers isérois, près de 1 000 sont spécifiquement formés aux feux de végétation. L’objectif est de porter progressivement cette proportion à la moitié des effectifs. Le Sdis peut également s’appuyer sur son détachement d’intervention héliporté, des équipes spécialisées dans l’utilisation de drones ainsi que sur les moyens nationaux, notamment les avions et hélicoptères bombardiers d’eau en cas d’incendie de grande ampleur.
Une stratégie basée sur la rapidité d’intervention
La lutte contre les feux repose avant tout sur une intervention précoce. « Attaquer massivement les feux dès le départ pour éviter qu’ils ne dégénèrent », résume Jérôme Petitpoisson, directeur départemental du Sdis 38. Depuis les incendies du Néron en 2003 puis de Voreppe-La Buisse en 2022, la coopération entre le Sdis et l’ONF a été renforcée. Les équipes de l’Office national des forêts patrouillent désormais dans les massifs et disposent de moyens d’extinction légers leur permettant d’intervenir dès les premiers instants d’un départ de feu. Si celui-ci ne peut être maîtrisé, les sapeurs-pompiers prennent immédiatement le relais. Cette organisation est d’autant plus importante que les reliefs montagneux rendent les incendies particulièrement difficiles à combattre. Contrairement aux terrains plats où le vent guide principalement la progression des flammes, le relief isérois influence fortement leur comportement, compliquant le travail des secours.