Dimanche soir, face à un résultat décevant qui la mettait en deuxième position derrière Alain Carignon, avec 20 points de moins qu’Eric Piolle en 2020, Laurence Ruffin n’avait plus le choix : il lui fallait trouver des alliés pour gagner.

Elle avait deux options : à sa gauche avec La France Insoumise (14,6%) ou à sa « droite » avec la liste de Romain Gentil (10%) soutenue notamment par le parti Place Publique de Raphaël Glucksmann. Elle a choisi la première option, la plus intéressante en terme de réserve électorale mais également la plus risquée en terme d’images. Les déclarations volontairement provocantes et ambiguës sur l’antisémitisme de Jean-Luc Mélenchon ces derniers temps ont terni l’image de son mouvement dans l’opinion publique jusqu’à le rendre infréquentable pour certains ou pire que l’extrême droite pour d’autres.

Un colistier refuse de voter pour sa tête de liste

Bref, en fusionnant avec les Insoumis, Laurence Ruffin savait qu’elle aurait le droit à une volée de critiques de la part de ses opposants politiques mais elle ne s’attendait peut-être pas à subir aussi des remous en interne. Jusqu’à pousser un de ses colistiers a déclarer dans la presse qu’il ne votera pas pour elle. Un cas assez inédit et symptomatique de ce qui pourrait se passer ensuite.

La France Insoumise sera dans l’opposition

Autre problème. Alors qu’on pouvait imaginer une comptabilité idéologique avec Romain Gentil qui permette une fusion programmatique pour accoucher d’une majorité solide, l’accord avec La France Insoumise a été conclu sous la forme d’une fusion technique qui n’intègre pas une participation à l’exécutif. « Nous serons dans l’opposition » a confirmé Allan Brunon. « Et nous voterons uniquement les délibérations qui iront dans le bon sens. » En sachant que la notion de bon sens en politique est forcément à géométrie variable.

Une majorité très fragile pour Laurence Ruffin

Avec 13 élus insoumis dans l’opposition, il restera une très courte majorité à Laurence Ruffin : 32 élus (sur 59), peut-être 33 si elle dépasse les 53%. Il lui faudra donc réussir à tenir ses troupes tout au long du mandat. On se souvient qu’Eric Piolle avait commencé avec une majorité de 46 élus en 2020 pour finir à 35. Chaque courant qui compose actuellement la liste – il y en a 12 – aura finalement son petit pouvoir (de nuisance). Avec cinq représentants assurés, le PS sera d’ailleurs en position charnière, pour ne par dire en position de force.

Si cette composition municipale risque de s’avérer passionnante à suivre pour les observateurs de la vie politique locale, elle va complexifier la prise de décisions et la mise en œuvre du programme. On a vu ce que cela pouvait donner pendant six ans à la Métropole avec une majorité fragmentée ou encore au Gouvernement ces derniers mois. Mais avant d’extrapoler sur le début du mandat municipal, il faut d’abord connaître le verdict des urnes. Et là aussi, le résultat est plein d’incertitudes.

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