Après une enquête approfondie, le procureur de Grenoble, Étienne Manteaux, a décidé ce mercredi 7 janvier de traduire en justice les responsables de la carrière. Il les accuse d’avoir caché des incidents passés et d’avoir ignoré les règles de sécurité, menant à l’effondrement spectaculaire d’un pan de montagne en juillet 2024.
Pour le procureur, tout commence bien avant la catastrophe. En mars 2019, un tir de mines provoque déjà la chute de 50 000 mètres cubes de roches. Pourtant, la direction de la carrière ne prévient personne. À ce moment-là, l’entreprise attendait le renouvellement de son autorisation de travailler. En gardant le silence sur cet incident, elle a empêché la préfecture de mesurer la fragilité réelle de la montagne. Ce manque de transparence est aujourd’hui au cœur des poursuites.
Treize explosions sans aucun contrôle
Pour éviter tout risque d’effondrement, la préfecture avait imposé à la carrière d’enregistrer les vibrations lors de chaque explosion. Or, le procureur a révélé qu’entre mars et juillet 2024, treize tirs de mines (utilisant jusqu’à 1,2 tonne d’explosifs chacun) ont été réalisés sans aucun capteur.
Alors que les habitants s’inquiétaient de bruits de craquements, l’entreprise continuait son activité sans surveiller l’impact de ses explosions sur la paroi rocheuse. Pour Étienne Manteaux, l’origine de la catastrophe est claire : elle est liée à l’activité humaine et non à la météo.
Les responsables face à leurs juges
Le président et le directeur général de la carrière sont donc officiellement convoqués devant le tribunal correctionnel de Grenoble pour répondre de deux fautes principales : Le non-respect des règles d’exploitation : ils n’ont pas suivi les ordres de sécurité de l’État. L’atteinte grave à l’environnement : l’éboulement a détruit un kilomètre carré de nature, bouché une rivière et anéanti l’habitat de 15 espèces protégées.
Un procès attendu en mars 2026
Le procureur a rappelé que le bilan aurait pu être tragique : un million de mètres cubes de roches ont recouvert la route départementale. Seul un accident de moto, survenu un peu plus tôt et ayant bloqué la circulation, a évité que des voitures ne soient ensevelies.
Le procès est fixé au 31 mars 2026. Les dirigeants risquent jusqu’à 3 ans de prison et 150 000 euros d’amende. L’entreprise La Rivière, en tant que société, risque quant à elle une amende beaucoup plus lourde pouvant atteindre 750 000 euros.