Figure de la Résistance grenobloise, Vincent Malerba s’est éteint à 100 ans, laissant derrière lui une mémoire vivante des heures les plus sombres de notre histoire. Nous l’avions rencontré l’an dernier.
Le dernier témoin d’un 11 novembre de courage
Le 11 novembre 1943, alors que Grenoble est sous occupation allemande, près de 2 000 résistants défilent devant le monument des Diables Bleus en chantant la Marseillaise. Parmi eux, un jeune homme de 18 ans : Vincent Malerba. L’acte de défiance est historique : 369 Grenoblois seront arrêtés et déportés vers les camps de concentration. Vincent fait partie de ceux que les nazis envoient à Buchenwald-Dora, matricule 40250.
« On côtoyait la mort à chaque instant »
Pendant un an et demi, il survit à l’enfer des tunnels de Dora, où les déportés sont contraints de fabriquer les missiles V1 et V2 dans des conditions inhumaines. « On savait qu’on pouvait mourir à tout moment », confiait-il lors de notre rencontre l’an dernier, à l’aube de ses 100 ans. Rapatrié le 18 mai 1945, il ne pèse plus qu’une trentaine de kilos. Longtemps, il se taira, de peur de ne pas être cru. Il faudra plusieurs décennies pour qu’il commence à témoigner, avec son fils Jacques, dans les écoles et les commémorations.
Une vie de transmission et de fidélité
Né le 7 janvier 1925 dans le quartier Saint-Laurent, fils d’immigrés italiens, Vincent Malerba travaillait comme soudeur aux établissements Bouchayer-Viallet avant la guerre. Après son retour, il fonde une famille avec Délia. Sa force.
Engagé sans relâche dans le devoir de mémoire, il recevra plusieurs distinctions, dont la Légion d’honneur. Sa parole, empreinte d’émotion et de pudeur, portait un message essentiel : ne jamais oublier.
Grenoble et la France en deuil
La Ville de Grenoble a annoncé sa disparition ce vendredi 31 octobre. Le maire Éric Piolle lui a rendu hommage : « C’est un grand homme qui nous a quittés, porteur d’une mémoire, d’un courage et d’une résilience immenses. Il est un symbole de l’histoire de Grenoble, faite d’immigration, d’accueil, d’industries et de résistance. » Avec lui s’éteint un témoin direct de la déportation iséroise. Mais son souvenir et ses mots continueront d’éclairer la mémoire collective des Grenoblois.
🎥 Le reportage de notre journaliste Mirko Pesci, reçu en 2024 par Vincent Malerba et sa famille