La justice communique ce mardi 10 février sur une affaire hors-norme en cours depuis janvier 2024 au pôle de l’instruction de Grenoble. Elle concerne des faits de viols et d’agressions sexuelles sur mineurs commis par un Isérois sur une période de près de 60 ans ! Les viols et agressions ont eu lieu dans 8 pays différents et le nombre de victimes recensées à cette heure est de 89 mineurs. Cette estimation se base sur des écrits du mis en examen qui a documenté minutieusement les abus sexuels qui lui sont reprochés.
11h15 – Etienne Manteaux, le Procureur de la République de Grenoble et le Colonel Stéphane Procédès, Commandant de la section de recherche de la gendarmerie de l’Isère ont révélé que le suspect est un homme de 79 ans né à Annecy et domicilié en Isère à Vizille. Il s’appelle Jacques Leveugle. C’est son neveu qui a mis à la disposition de la gendarmerie des documents sur une clé USB appartenant à son oncle. Ces documents font état de relations sexuelles avec des mineurs essentiellement des garçons de 13 à 17 ans. C’est le suspect lui-même qui a consigné par écrit ses agressions dans ses mémoires.
11h20 – Certains mineurs entendus admettent que cet homme a passé beaucoup de temps à les éduquer culturellement. Le procureur évoque le terme de « boy lover ». Certaines victimes avouent leur traumatisme. L’une évoque le fait qu’après ces agressions, elle n’a jamais réussi à avoir une sexualité normale en restant bloqué au cap de la masturbation.
11h30 – Le suspect admet également avoir donné la mort à plusieurs personnes notamment à sa mère qui était en phase terminale de cancer. La constatant particulièrement affaiblie, il l’étouffe avec un coussin en 1974. Puis sa tante, en Suisse, en 1992. Il était très lié à elle. Il vivait dans les Cévennes. Elle avait 92 ans. Vulnérable et fragile. Elle le suppliait de ne pas repartir dans les Cévennes. Il l’a étouffée dans son sommeil avec un coussin. Il a précisé qu’il voudrait qu’on fasse pareil avec lui s’il était en fin de vie.
11h40 – L’homme mis en cause a fait des études même si le procureur précise qu’il n’est jamais allé au bout de ses projets. Il a commencé une prépa de lettres et voulait être professeur. Il a étudié à la faculté de théologie protestante de Strasbourg et tenté de passer des formations d’éducateur spécialisé et d’infirmier sans obtenir de diplôme. Il a ensuite encadré des enfants dans des camps de jeunesse à l’étranger. Huit pays sont référencés dans ses écrits : Algérie, Suisse, Colombie, Allemagne, Maroc, Niger, Philippines, Inde.
11h45 – Le suspect a commencé à documenter ses agressions dès l’âge de 20 ans. Selon ses mémoires, 89 mineurs ont subi des viols et agressions sexuelles entre 1967 et 2022. Il a été mis en examen et écroué en février 2024 puis remis en liberté sous contrôle judiciaire quelques mois plus tard. Mais il n’a pas respecté ses obligations et a été de nouveau été incarcéré à proximité de Grenoble.
11h50 – Aucune plainte n’avait été déposée avant la découverte des documents compromettants. Beaucoup de ces victimes ont été identifiées et contactées par la justice. Elles sont pour la plupart conscientes des faits qu’elles ont subis. Certaines ont souhaité déposer plainte. D’autres n’ont pas voulu donner suite aux auditions.
12h – La justice lance un appel à témoins pour retracer tout le parcours criminel de Jacques Leveugle et comprendre son fonctionnement. Il reste des victimes à identifier pour lesquelles il n’y a que des surnoms notamment entre 1983 et 1985 en Nouvelle-Calédonie quand il était professeur vacataire au lycée du Marais. Le procureur se demande également s’il n’a pas pu bénéficier de complicité au cours de son parcours criminel.

12h10 – Le procureur explique que le suspect prend beaucoup de distance avec les faits. Il justifie les viols dans un parcours éducatif global. Au-delà de l’éducation sexuelle des jeunes, il les aidait dans leurs études, les stimulait intellectuellement ou leur donnait des cours de conduite. Cette relation de confiance qu’il tissait lui permettait de passer à l’acte sans susciter de plainte. Il se voyait comme un Grec antique formant de jeunes éphèbes.
12h15 – Sur les 89 mineurs concernés, les deux tiers sont français. Ce sont des jeunes souvent issus de milieux défavorisés. Il était très présent au domicile de ces adolescents pour du soutien scolaire. Les familles étaient reconnaissantes pour son dévouement et elles n’avaient pas pris conscience du reste… Une seule victime avait dénoncé les faits dans le sud-ouest en 2016 mais entendu par les gendarmes, il avait nié en bloc à l’époque.
12h20 – Les premier faits évoqués dans les mémoires datent de 1967. Il évoque son dégoût de l’homosexualité avec un adulte mais son plaisir de caresser le sexe d’un jeune homme. L’immense majorité des faits décrits concernent des fellations et des masturbations.
12h25 – En ce qui concerne la prescription, en matière d’affaires sexuelles sur des mineurs, elle est de 30 ans depuis 2018. Avant 1993, les faits sont donc prescrits mais ceux qui ont eu lieu depuis la justice peut encore agir.
12h30 – A la question de savoir pourquoi révéler cette affaire seulement maintenant, le procureur a précisé que la justice voulait s’assurer de la véracité des faits dans une affaire complexe qui s’étale sur près de 60 ans. Il a tenu à saluer le travail des gendarmes de la section de recherches de Grenoble dans un contexte psychologique parfois pesant.
