En l’espace de deux jours, fin avril, la police iséroise a mis la main sur près d’un million d’euros de drogues et plusieurs armes dans deux appartements de stockage à Échirolles et Grenoble. Des prises qui s’inscrivent dans une dynamique inédite : 1,3 tonne de stupéfiants saisis depuis le 1er janvier, sur fond de violences liées au trafic qui ont déjà fait cinq morts depuis le début de l’année.
Le 27 avril, rue d’Auvergne à Échirolles, une interception banale tourne à la prise significative. Un homme de 24 ans circulant à vive allure sur une trottinette électrique refuse d’obtempérer à des policiers en tenue. Rattrapé, il est trouvé porteur d’1,3 kg de résine de cannabis. Dans sa poche, une clé d’appartement. Les enquêteurs localisent le logement, situé à proximité de la place Beaumarchais — l’un des points de deal les plus actifs de l’agglomération. Perquisition : 20 kilos de résine et d’herbe, un pistolet Glock de calibre 9 mm et ses munitions.
Déjà condamné pour trafic de stupéfiants en 2023, l’homme avait également écopé d’une interdiction de présence sur la commune d’Échirolles. Jugé en comparution immédiate le 30 avril, il a été condamné à deux ans d’emprisonnement dont un an ferme. Peine jugée insuffisante par le parquet, qui a interjeté appel. L’intéressé reste en détention provisoire.


60 kilos et un chargeur de kalachnikov rue Alexandre-Dumas
Dès le lendemain, 28 avril, c’est dans le quartier des Eaux-Claires à Grenoble que la Brigade spécialisée de terrain (BST) intervient. De fortes odeurs de cannabis émanant d’un appartement de la rue Alexandre-Dumas alertent les policiers, qui interpellent discrètement l’occupant à sa sortie. Le logement recèle 40 kilos de résine de cannabis, 25 kilos d’herbe et 2,5 kilos de cocaïne, complétés par des amphétamines, de la kétamine et d’autres drogues de synthèse encore en cours d’expertise. S’y ajoutent un chargeur de kalachnikov et ses munitions de calibre 7,62, ainsi que des balles de 9 mm. L’homme de 29 ans, déjà condamné pour des faits similaires, a été placé en détention provisoire dans l’attente de son jugement.
Selon le procureur de la République de Grenoble, Étienne Manteaux, la valeur cumulée à la revente des produits saisis lors de ces deux affaires avoisine le million d’euros.


Une violence qui ne faiblit pas
Ces deux coups de filet s’inscrivent dans un contexte particulièrement tendu. Cinq personnes ont été tuées depuis le début de l’année dans des règlements de comptes liés au trafic de drogue dans l’agglomération grenobloise — autant qu’en toute l’année 2025. C’est dans ce cadre que la Direction interdépartementale de la police nationale (DIPN) a présenté mardi son bilan des quatre premiers mois de l’année. Le procureur Manteaux a confirmé lors d’une conférence de presse que la lutte contre le trafic de stupéfiants et contre la circulation des armes constitue une double priorité pour le parquet. Les résultats suivent : selon le contrôleur général Jérôme Chappa, patron de la police iséroise, les saisies ont progressé de 30 % sur les quatre premiers mois de l’année par rapport à 2025, pour atteindre 1,3 tonne de drogues depuis le 1er janvier.
Une pression qui monte dans les quartiers
Depuis 2023, les services de police isérois ont doublé leur activité en matière de lutte contre les stupéfiants, multipliant les opérations dans les quartiers, les commerces et sur la voie publique. Ils travaillent également en étroite collaboration avec les bailleurs sociaux pour démanteler les appartements dits "nourriciers", ces logements utilisés par les réseaux pour stocker leur marchandise — une méthode qui a prouvé son efficacité dans les deux affaires de fin avril.