L’académie de Grenoble et le parquet général ont officialisé, lundi 8 décembre 2025, une convention visant à renforcer la lutte contre l’absentéisme scolaire. À l’initiative du procureur général Christophe Barret, le recteur Philippe Dulbecco et les procureurs de Grenoble, Valence, Vienne et Bourgoin-Jallieu ont scellé une collaboration déjà active sur le terrain.
Pour Philippe Dulbecco, cette convention « grave dans le marbre la manière dont nous travaillons ensemble ». Elle formalise des pratiques existantes, mais clarifie aussi les priorités : prévention, anticipation et efficacité dans le traitement des situations d’élèves en rupture avec l’école.
Un absentéisme scolaire aux conséquences lourdes
L’absentéisme constitue un signal d’alerte majeur. « C’est souvent le symptôme de situations extrêmement péjoratives pour nos jeunes », rappelle le recteur. Santé mentale fragilisée, risques de prostitution, implication dans des trafics ou exposition à des phénomènes de radicalisation : les situations rencontrées sont souvent graves. Chaque mois de l’année scolaire 2023-2024, 7 % des élèves ont été comptabilisés comme absentéistes, selon les chiffres du ministère de l’Éducation nationale. Un absentéisme persistant concernait 2 % d’entre eux, marquant un risque accru de décrochage. Dans l’Isère, 0,1 % des élèves ont été signalés pour absentéisme, contre 0,34 % dans la Drôme.
Une articulation renforcée entre services éducatifs et judiciaires
Concrètement, la convention prévoit un échange d’informations « extrêmement fluide et régulier », notamment lorsque des situations préoccupantes remontent au rectorat. Les procureurs doivent être immédiatement saisis afin d’agir rapidement. Christophe Barret, procureur général près la cour d’appel de Grenoble insiste : « Cela donne un cadre aux actions que nous menons déjà, ça permet de les affiner, de les rendre plus efficaces. » Selon lui, la coordination entre justice et école est essentielle, car des enfants durablement éloignés de l’école « sont des enfants en danger pour eux-même et pour la société ».
Comprendre le cadre légal : une obligation d’assiduité
Le Code de l’éducation impose une assiduité stricte : quatre demi-journées d’absence non justifiée suffisent à déclencher un mécanisme administratif. Si les absences se répètent malgré les mises en demeure, des sanctions pénales peuvent s’appliquer. L’inertie parentale face à l’absentéisme peut entraîner une contravention de 750 euros. Plus grave encore, la non-inscription scolaire sans motif valable est passible de six mois d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende. L’objectif premier demeure toutefois d’amener les familles à coopérer : avertissements pénaux probatoires, stages de responsabilisation parentale ou régularisation de la situation éducative du mineur peuvent être privilégiés avant d’engager des poursuites.
Prévenir avant de sanctionner
La convention met l’accent sur la prévention et la coopération avec les familles. Philippe Dulbecco le souligne : « Peut-être qu’avant d’être dans une procédure juridique, on peut convoquer les familles, les alerter sur les dangers courus. » Il s’agit de renforcer le rôle éducatif des institutions, d’éviter le décrochage et de soutenir les jeunes avant que les situations ne deviennent critiques. L’enjeu final est clair : permettre un retour à une scolarisation normale. Lorsque l’absentéisme devient prolongé, la mise en œuvre de réponses « utiles et intelligentes » doit aider les jeunes décrocheurs à « revenir dans l’école pour y apprendre ce qu’ils doivent y apprendre », insiste le procureur général.
⤵️ Interviews du recteur Philippe Dulbecco et du procureur Christophe Barret