Une enquête de Mediapart révèle l’installation illégale d’une caméra dans le bureau de la directrice de l’aménagement de la mairie des Deux-Alpes. Si le parquet de Grenoble a finalement classé l’affaire sans suite, la plaignante ne souhaite pas en rester là.
Une caméra dissimulée dans un détecteur de fumée
En avril 2023, la directrice de l’aménagement de la commune des Deux-Alpes fait une découverte pour le moins troublante dans son bureau. En levant les yeux au plafond, elle remarque un détecteur de fumée fraîchement installé. À l’intérieur : un micro, une caméra wi-fi et un câble relié à une armoire électrique.
Ce dispositif de surveillance aurait été commandé par le directeur général des services (DGS) de la mairie, via une société privée spécialisée dans le contre-espionnage. Objectif avancé : identifier l’auteur de disparitions suspectes de dossiers administratifs.
Tensions au sein de la municipalité
Selon l’enquête de Mediapart, cette affaire s’inscrit dans un contexte de tensions politiques et personnelles au sein de la mairie. La directrice de l’aménagement affirme avoir subi des pressions en raison de sa proximité avec une ancienne adjointe à l’urbanisme, aujourd’hui dans l’opposition et très critique sur la gestion municipale.
Le maire des Deux-Alpes, Stéphane Sauvebois, a reconnu devant les gendarmes l’installation des caméras par son DGS, évoquant une “erreur de jeunesse” motivée par la crainte de vols internes. Selon l’ancienne directrice qui témoigne dans Médiapart le maire l’aurait menacé : “Si jamais j’apprends que tu as le moindre contact avec elle, ton contrat, il saute”. L’élue d’opposition explique de son côté: “Depuis 2024, j’ai fait de nombreux signalement au procureur de la république de Grenoble, et dans ce que j’ai transmis, il y a beaucoup d’irrégularités qui concernent l’urbanisme et le foncier. Je m’appuie sur des documents qui ne viennent pas de la directrice, mais je pense que c’est pour cette raison qu’ils s’acharnent sur elle”.
Une plainte déposée, mais une enquête classée
À la suite de la découverte, la directrice de l’aménagement et un autre cadre administratif ont saisi la gendarmerie. Le directeur général de l’administration, reçoit aussitôt un message du DGS : “J’ai le major à côté de moi qui me dit que tu portes plainte pour surveillance sur le lieu de travail” a finalement signé un protocole d’accord avec la municipalité. Le DGA quitte la Mairie. Mais s’engage à la confidentialité.
Une enquête a été ouverte, mais le parquet de Grenoble a conclu que les caméras ne filmaient pas directement les salariés, simplement une armoire, mais ni le bureau ni le poste informatique, et que le matériel avait été retiré immédiatement. Le dossier a donc été classé sans suite fin avril. L’avocat de la directrice de l’aménagement conteste cependant cette décision et envisage de saisir le parquet général de la cour d’appel pour relancer la procédure.